Un partenariat EV très médiatisé se délite
La coentreprise Sony Honda Mobility, lancée en grande pompe comme une alliance inédite entre expertise en électronique grand public et fabrication automobile, est en train de se déliter. Honda et Sony annulent les véhicules électriques Afeela, qui constituaient toute la raison d’être de l’entreprise, et les deux sociétés examinent désormais si le partenariat lui-même a un avenir. Cette annulation représente l’un des revirements les plus importants de l’industrie des véhicules électriques cette année, survenant alors que le marché plus large des véhicules électriques haut de gamme continue de faire face à des vents contraires sur des marchés occidentaux clés.
Sony Honda Mobility a été créée en 2022 sur l’idée que l’expertise de Sony dans le divertissement, les capteurs et les logiciels pourrait différencier un EV sur un marché de plus en plus défini par les véhicules définis par logiciel. La marque Afeela a été dévoilée avec des prototypes au CES et a suscité une forte attention médiatique. Mais l’écart entre un concept convaincant et un produit commercial viable s’est avéré difficile à combler, et l’économie de la coentreprise s’est détériorée à mesure que Honda réévaluait ses engagements dans l’EV à l’échelle mondiale.
Demande faible et retrait de Honda
Deux facteurs principaux ont conduit à l’annulation: une faible demande des consommateurs pour le produit Afeela et les coûts importants déclenchés par le retrait de Honda de ses engagements EV au sein de la coentreprise. Honda évolue dans un environnement stratégique difficile sur le marché des EV, confrontée à une adoption plus lente que prévu en Amérique du Nord et en Europe, à une tarification agressive des constructeurs chinois et au défi de financer simultanément le développement de véhicules à combustion interne et un programme de transition vers les EV.
Pour Sony, ce partenariat représentait une tentative ambitieuse d’entrer dans le secteur automobile grâce à son portefeuille technologique. L’entreprise dispose d’une technologie de capteurs de classe mondiale pertinente pour la conduite autonome, d’un vaste catalogue de divertissement susceptible de différencier l’expérience embarquée, et d’une notoriété de marque qu’elle cherchait à mettre à profit dans la manière dont les gens envisagent le véhicule comme plateforme informatique. Sans l’ossature industrielle et de distribution de Honda, Sony ne dispose toutefois pas de l’infrastructure nécessaire pour commercialiser un véhicule de manière autonome.
Le contexte: tarifs et pression du secteur
L’annulation d’Afeela intervient dans un contexte d’incertitude importante dans l’industrie automobile mondiale. La pression tarifaire croissante, en particulier la politique commerciale américaine qui a compliqué l’économie des véhicules fabriqués au Japon et vendus en Amérique du Nord, a contraint Toyota, Honda et d’autres constructeurs japonais à réexaminer leur empreinte industrielle et leurs stratégies de prix.
Mark Templin, directeur de l’exploitation de Toyota Motor North America, a évoqué cette semaine l’environnement tarifaire et présenté une stratégie de réponse en trois volets: ajustements de prix, amélioration de l’efficacité interne et changements de l’empreinte industrielle. Ses propos suggèrent que les constructeurs japonais traversent globalement une période de recalibrage, ce qui rend plus difficile le maintien d’investissements à haut risque comme une nouvelle coentreprise EV.
Un signal d’alerte pour les partenariats tech-auto
L’échec du projet Afeela est suivi de près comme un indicateur de la viabilité des incursions des entreprises technologiques dans la fabrication automobile. Plusieurs entrants très médiatisés, dont Project Titan d’Apple, qui a duré dix ans avant d’être abandonné, ont constaté que la complexité de fabrication, l’intensité capitalistique et le poids réglementaire de l’industrie automobile créent des obstacles que le logiciel et l’expertise en design ne suffisent pas à surmonter.
Les difficultés de Sony Honda Mobility ne remettent pas en cause l’idée que les véhicules ressembleront de plus en plus à des plateformes informatiques sur roues. Elles suggèrent toutefois que cette transition exige davantage qu’une vision séduisante: elle nécessite soit une capacité de fabrication profonde, soit un partenaire industriel stable prêt à absorber les pertes d’un cycle de développement produit prolongé. Le retrait de Honda indique que les constructeurs japonais sont moins disposés à absorber ces coûts dans une période de marges comprimées et d’incertitude du marché.
La suite pour les deux entreprises
Sony n’a pas annoncé de stratégie de remplacement pour ses ambitions automobiles, et l’entreprise a refusé de dire si elle chercherait un nouveau partenaire de fabrication ou si elle quitterait complètement l’activité véhicule. Honda poursuit le développement de véhicules électriques via ses propres programmes internes et son partenariat distinct avec General Motors, qui a lui aussi connu d’importantes turbulences ces dernières années.
Pour les consommateurs qui suivaient Afeela de près, le véhicule avait suscité un réel intérêt pour son design intérieur et la promesse d’une expérience Sony de divertissement et de jeu profondément intégrée. L’annulation signifie que le produit n’arrivera pas sur le marché. Son échec commercial tient moins à son design qu’aux pressions économiques et stratégiques qui ont rendu sa production insoutenable dans le contexte actuel.
Cet article est basé sur un reportage d’Automotive News. Lire l’article original.

