La perception comme prédiction

Les neurosciences modernes considèrent de plus en plus la perception non pas comme une réception passive de données sensorielles du monde extérieur, mais comme une prédiction active - le cerveau génère constamment des modèles de ce qu'il s'attend à expérimenter, et met à jour ces modèles en fonction des informations sensorielles entrantes. Dans des conditions normales, les prédictions et les données entrantes restent à peu près alignées. La conscience ressemble à une représentation exacte du monde extérieur parce que les prédictions du cerveau sont continuellement corrigées par la réalité sensorielle.

Les composés psychédéliques semblent perturber cet équilibre. De nouvelles recherches chez la souris suggèrent que les substances comme la psilocybine et le LSD ne créent pas d'hallucinations en générant du bruit perceptuel aléatoire, comme on le pensait autrefois. Au lieu de cela, ils altèrent l'équilibre entre la prédiction et l'entrée sensorielle - causant au cerveau de peser ses souvenirs stockés et ses modèles internes plus lourdement que les signaux réels provenant des sens.

L'étude

La recherche a utilisé une combinaison de tests comportementaux et d'enregistrements neuraux pour examiner comment les psychédéliques changent le traitement visuel chez la souris. Des souris entraînées à réagir à des motifs visuels spécifiques ont reçu des composés psychédéliques puis ont été à nouveau testées. La principale conclusion: les souris sous l'influence de psychédéliques étaient plus susceptibles de réagir aux stimuli visuels comme si c'étaient des motifs familiers de la mémoire, même lorsque le stimulus réel était différent.

Les enregistrements neuraux ont révélé des changements dans l'équilibre de l'activité entre les zones du cortex visuel associées au traitement sensoriel ascendant - lecture des signaux entrants des yeux - et les zones associées à la prédiction de haut en bas et à la mémoire. L'administration de psychédéliques semblait décaler cet équilibre vers le traitement de haut en bas, causant effectivement au cerveau de projeter ses modèles internes sur le monde.

Implications pour comprendre les effets des psychédéliques

Cette découverte mécaniste aide à expliquer plusieurs caractéristiques du vécu psychédélique. Les hallucinations visuelles sous les psychédéliques impliquent fréquemment des motifs, des formes et des scènes qui semblent personnellement significatifs - des visages, des endroits, des figures de la mémoire. Si les psychédéliques augmentent l'influence des modèles internes stockés sur la perception, alors le contenu spécifique des hallucinations refléterait naturellement les associations mémorielles et émotionnelles de l'individu plutôt que d'être purement aléatoire.

Implications thérapeutiques

L'utilisation thérapeutique des psychédéliques pour traiter la dépression résistante au traitement, le PTSD et la dépendance est l'un des domaines les plus actifs de la recherche en psychiatrie. Comprendre le mécanisme par lequel ces composés produisent leurs effets est important pour optimiser les protocoles thérapeutiques et gérer les risques. Si les psychédéliques fonctionnent en décalant le cerveau vers une perception basée sur la mémoire, alors le contexte thérapeutique - les souvenirs, les émotions et les associations qu'un patient apporte dans une séance - devient encore plus important qu'on ne le comprenait précédemment. La préparation, le cadre et le soutien thérapeutique peuvent être critiques précisément parce qu'ils façonnent les modèles internes que les psychédéliques amplifieront pendant une séance.

Cet article est basé sur les informations de Medical Xpress. Lire l'article original.