Une étude menée à l'échelle nationale au Royaume-Uni a associé l'utilisation périopératoire d'agonistes des récepteurs du glucagon-like peptide-1 (GLP-1 RAs) à un taux nettement élevé d'aspiration et de régurgitation pulmonaires pendant l'anesthésie — une conclusion qui, selon ses auteurs, devrait inciter à poursuivre des recherches prospectives sur la manière dont ce risque peut être réduit.
Ces travaux, dirigés par Thomas E. Potter, M.B.B.S., du Guy's and St Thomas' NHS Foundation Trust à Londres, ont été publiés en ligne le 16 septembre dans la revue Anaesthesia, en concomitance avec le congrès annuel de l'Association of Anaesthetists, tenu du 16 au 18 septembre à Liverpool, en Angleterre.
Environ un patient chirurgical sur 35 a déclaré utiliser un GLP-1 RA
Les investigateurs ont mené une étude de cohorte prospective multicentrique nationale portant sur des adultes subissant des interventions programmées ou urgentes sous la responsabilité d'un anesthésiste, afin de caractériser l'utilisation périopératoire des GLP-1 RAs et les résultats qui y sont associés.
Sur 119 sites au Royaume-Uni, 47 039 patients ont été inclus. Parmi eux, 2,9 pour cent ont déclaré recevoir des GLP-1 RAs — une classe de médicaments initialement développée pour le diabète de type 2 et désormais largement utilisée pour la gestion du poids.
L'étude a également révélé une grande variabilité des pratiques cliniques. En ce qui concerne l'arrêt du médicament, l'anesthésie et la gestion des voies aériennes, la prise en charge périopératoire variait d'un cas à l'autre, ce qui indique qu'aucune approche standardisée unique n'était en place dans les hôpitaux participants.
Une différence marquée entre les deux groupes
Le principal résultat de sécurité concernait deux événements des voies aériennes étroitement liés. Dans la cohorte ne recevant pas de GLP-1 RAs, l'incidence de l'aspiration et/ou de la régurgitation pulmonaires était de 0,12 pour cent. Dans la cohorte GLP-1 RA, ce chiffre était de 1,41 pour cent — un odds ratio de 11,39.
Cette comparaison se traduit par une probabilité environ onze fois plus élevée de cette complication chez les patients ayant déclaré prendre ces médicaments, d'après l'analyse statistique de l'étude.
- Cohorte sans GLP-1 RA : incidence de 0,12 pour cent d'aspiration et/ou de régurgitation pulmonaires.
- Cohorte GLP-1 RA : incidence de 1,41 pour cent d'aspiration et/ou de régurgitation pulmonaires.
- Odds ratio : 11,39.
- Utilisation déclarée de GLP-1 RAs : 2,9 pour cent des 47 039 patients issus de 119 sites britanniques.
Le moment des événements pointe vers le réveil anesthésique
Le moment où les événements se sont produits pourrait s'avérer aussi instructif que leur fréquence. Parmi les patients recevant des GLP-1 RAs, l'aspiration et/ou la régurgitation pulmonaires se sont produites le plus souvent pendant le réveil anesthésique — la période où les patients se réveillent et où les réflexes protecteurs des voies aériennes réapparaissent.
Ce détail temporel est pertinent pour la manière dont les anesthésistes conçoivent la surveillance et la protection des voies aériennes, et il constitue l'un des facteurs que les auteurs de l'étude invoquent pour appeler à des travaux de suivi.
Au cœur du plan de l'étude
L'investigation était une étude de cohorte prospective multicentrique nationale plutôt qu'un essai randomisé. Des adultes programmés pour des interventions électives ou urgentes sous la responsabilité d'un anesthésiste ont été recrutés sur 119 sites à travers le Royaume-Uni. L'utilisation des médicaments a été saisie à partir des déclarations des patients concernant la prise de GLP-1 RAs, et l'équipe de recherche a suivi les résultats, notamment l'aspiration et la régurgitation pulmonaires.
Parce que les auteurs cherchaient à examiner à la fois l'utilisation périopératoire des GLP-1 RAs et les résultats, l'étude offre une vision large de la pratique réelle plutôt que les conditions étroitement contrôlées d'un plan expérimental. Ce choix aide à expliquer la grande variabilité de la gestion de l'arrêt du médicament, de l'anesthésie et des voies aériennes d'un site à l'autre.
Les auteurs appellent à des études prospectives
Dans Anaesthesia, les chercheurs concluent que les résultats justifient des recherches supplémentaires. « Ces données justifient d'autres études prospectives afin de déterminer les interventions susceptibles d'atténuer les risques d'aspiration pulmonaire et d'améliorer les résultats pour les patients », écrivent les auteurs.
L'accent mis sur un plan prospectif reflète les limites de ce qu'une cohorte observationnelle peut établir. L'étude met en évidence des associations entre l'utilisation déclarée de GLP-1 RAs et les événements des voies aériennes ; elle ne démontre pas à elle seule que les médicaments causent la complication, ni n'identifie quels patients présentent le risque le plus élevé ou quelles stratégies périopératoires pourraient modifier la situation.
Des questions qui restent ouvertes
Les résultats laissent plusieurs questions en suspens, et l'appel des auteurs à des travaux supplémentaires les pointe directement :
- Quelles interventions, le cas échéant, pourraient atténuer le risque d'aspiration pulmonaire dans ce groupe de patients.
- Comment différentes approches de suspension des GLP-1 RAs avant la chirurgie affectent les résultats, compte tenu de la variabilité de la prise en charge périopératoire observée entre les sites.
- Si des sous-groupes particuliers de patients représentent une part disproportionnée des événements des voies aériennes.
- Quel rôle joue le moment de la dernière dose avant une opération dans les événements observés pendant le réveil anesthésique.
Pourquoi cette conclusion dépasse le bloc opératoire
Les GLP-1 RAs sont passés en quelques années d'un traitement spécialisé du diabète à l'une des classes de médicaments les plus prescrites au monde. À mesure que le nombre de personnes qui les prennent augmente, il en va de même du nombre de celles qui finiront par avoir besoin d'une chirurgie — qu'il s'agisse d'une intervention programmée ou urgente.
Les anesthésistes débattent de la meilleure façon de prendre en charge cette population, en particulier la question de savoir si et pendant combien de temps les patients doivent interrompre leur traitement avant une opération. Les données britanniques soulignent pourquoi cette question a attiré l'attention : la prise en charge périopératoire dans cette étude n'était pas uniforme, et le taux de complications enregistré dans le groupe GLP-1 RA était plus de dix fois supérieur à celui du groupe de comparaison.
L'essentiel
Dans une étude couvrant 119 sites britanniques et 47 039 patients, 2,9 pour cent ont déclaré une utilisation de GLP-1 RAs pendant la période périopératoire. L'aspiration et/ou la régurgitation pulmonaires sont survenues chez 0,12 pour cent des patients ne prenant pas ces médicaments et chez 1,41 pour cent de ceux qui en prenaient, soit un odds ratio de 11,39, les événements se concentrant autour du réveil anesthésique.
Les auteurs affirment que les résultats soutiennent la poursuite d'une investigation prospective visant à identifier des interventions susceptibles de réduire le risque d'aspiration pulmonaire et d'améliorer les résultats pour les patients chirurgicaux. L'étude paraît dans Anaesthesia (DOI : 10.1111/anae.70380).
Cet article est basé sur un reportage de Medical Xpress. Lire l'article original.
Originally published on medicalxpress.com








