Le repli américain sur l’éolien en mer s’amplifie
Le département américain de l’Intérieur a indiqué avoir conclu un accord pour verser 765 millions de dollars à Invenergy afin de résilier quatre baux éoliens en mer, ajoutant une nouvelle étape majeure au repli du gouvernement fédéral vis-à-vis de zones de développement offshore précédemment attribuées. Selon le département, l’accord porte à huit le nombre total de rachats de baux éoliens en mer annoncés par l’administration, pour un coût cumulé de plus de 2,5 milliards de dollars.
Les baux qui seront résiliés sont détenus par des filiales d’Invenergy et couvrent des zones dans le New York Bight, dans le golfe du Maine et à Morro Bay, au large de la côte centrale de la Californie. L’Intérieur a précisé qu’Invenergy mettrait volontairement fin aux baux dans le cadre de l’accord.
L’annonce dépasse les seuls projets directement concernés. Elle montre que la politique fédérale s’éloigne de la préservation des droits de bail pour de futures constructions éoliennes en mer et se dirige vers le fait de payer activement les développeurs pour qu’ils quittent ces positions. C’est une mesure plus agressive qu’un simple ralentissement des permis ou qu’une révision de la politique d’enchères. Elle modifie l’économie et les attentes autour de l’un des principaux déploiements d’énergie propre proposés pour les eaux côtières américaines.
Quels projets sont touchés
Le projet le plus connu lié aux baux récemment annulés était Leading Light Wind, un développement prévu de 2,4 gigawatts dans le New York Bight, porté par Invenergy et son partenaire energyRE. Ce projet avait déjà été annulé en novembre, le texte source invoquant des pressions économiques et réglementaires.
Les zones de bail restantes représentaient une capacité potentielle supplémentaire d’éolien en mer. L’Intérieur a indiqué que les deux baux du golfe du Maine et un bail de Morro Bay représentaient ensemble une possible production éolienne de 4,8 gigawatts. En pratique, les quatre résiliations retirent à la fois un projet de court terme déjà annulé et plusieurs options de développement à plus long terme de la chaîne offshore.
Pour le secteur, cette distinction est importante. Tous les baux ne débouchent pas rapidement sur une construction, mais les positions de bail constituent le socle du développement futur des projets. Les supprimer réduit l’univers des projets éoliens en mer constructibles des années avant que les turbines n’atteignent l’eau.
Où l’argent est censé aller
L’Intérieur a indiqué qu’Invenergy réaffecterait les 765 millions de dollars à d’autres investissements énergétiques nationaux, notamment des centrales au gaz naturel dans l’Indiana, le Wisconsin, l’Iowa, le Kansas et le Missouri, ainsi que des projets de production géothermique dans l’ouest des États-Unis. Ce détail est central dans la manière dont l’administration présente l’accord: non pas comme un simple coût d’annulation, mais comme une réallocation de capitaux au détriment de l’éolien en mer et au profit d’autres sources d’énergie.
Le mélange des investissements de remplacement est notable. Les centrales au gaz naturel renvoient à une stratégie de production classique axée sur une énergie pilotable, tandis que les projets géothermiques traduisent un intérêt pour des ressources fermes et bas carbone qui ne rencontrent pas les mêmes difficultés d’implantation côtière et de transport que l’éolien en mer. Malgré tout, l’équilibre décrit dans l’annonce montre que le gaz est un grand bénéficiaire du virage politique.
Ce cadrage correspond aussi à un accord antérieur cité dans le texte source. L’Intérieur avait précédemment indiqué qu’il paierait TotalEnergies 928 millions de dollars en échange de l’abandon de deux baux éoliens en mer, tandis que l’entreprise investirait dans le projet Rio Grande LNG au Texas ainsi que dans la production conventionnelle de pétrole et de gaz de schiste dans le Golfe.
Les risques juridiques et politiques augmentent
L’approche de l’administration fait déjà l’objet d’un examen juridique. Le texte source indique qu’un groupe de procureurs généraux des États de New York, du New Jersey, du Connecticut, du Maine, du Massachusetts, de Rhode Island et du Vermont a poursuivi l’accord antérieur de rachat avec TotalEnergies.
Cette action ne conteste pas une simple transaction isolée. Elle remet en cause la capacité des responsables fédéraux à structurer des résiliations de baux comme des accords transactionnels et à les financer via le Judgment Fund du Trésor américain. Le texte source cite la plainte, qui soutient qu’aucune loi n’autorise les défendeurs fédéraux à utiliser ce que les plaignants décrivent comme un faux accord transactionnel pour annuler un bail éolien en mer et réorienter des fonds vers un usage distinct favorisé par le président.
Si les tribunaux prennent cette contestation au sérieux, l’accord avec Invenergy pourrait devenir un élément d’un test plus large sur l’ampleur de la marge de manœuvre du pouvoir exécutif pour revenir sur des décisions de location énergétique initialement prises selon des procédures fédérales établies. Même si l’administration l’emporte, le contentieux ajoute une couche supplémentaire d’incertitude pour les développeurs, les services publics, les fournisseurs d’équipements et les États qui planifiaient une croissance de long terme de l’éolien en mer.
Un virage plus net dans la stratégie énergétique américaine
L’importance immédiate de l’accord avec Invenergy est financière, mais sa portée la plus grande est stratégique. L’éolien en mer a été l’un des piliers les plus capitalistiques et les plus visibles politiquement de la planification de la transition énergétique américaine. En payant des entreprises pour abandonner des projets et en orientant les fonds vers le gaz et d’autres alternatives, la politique fédérale ne se contente plus de ralentir l’élan de l’éolien en mer. Elle l’inverse activement.
Cela a des implications pour les États côtiers qui comptaient sur l’éolien en mer pour les emplois, les investissements portuaires et l’approvisionnement électrique futur. Cela affecte aussi la volonté des développeurs de considérer les attributions de baux américains comme des actifs durables. Si les droits de bail peuvent être transformés en sorties négociées soutenues par des paiements fédéraux, les futurs acteurs devront peut-être intégrer beaucoup plus fortement le risque de revirement politique.
Pour l’instant, l’administration semble déterminée à prolonger ce modèle. Avec huit rachats annoncés et des milliards déjà engagés, l’accord avec Invenergy ressemble moins à une exception qu’à une position fédérale énergétique clairement définie: démanteler les engagements liés à l’éolien en mer, indemniser les titulaires de baux et orienter les investissements vers d’autres priorités de production domestique.
Cet article est basé sur un reportage de Utility Dive. Lire l’article original.
Originally published on utilitydive.com


