Une berline de luxe du chapitre perdu de Bugatti revient sous les projecteurs
L’une des Bugatti modernes les plus rares part aux enchères, et ce n’est pas une hypercar. RM Sotheby’s proposera l’une des trois seules Bugatti EB112 berlines achevées lors de sa vente de Monaco 2026, le 25 avril, rouvrant ainsi un chapitre fascinant de la renaissance de la marque dans les années 1990 sous l’homme d’affaires italien Romano Artioli.
Comme le raconte The Drive, l’EB112 a été conçue comme la suite de l’EB110, la supercar ambitieuse qui avait brièvement réinstallé Bugatti comme un constructeur de performances de premier plan avant que l’effondrement financier ne mette fin au projet. La berline n’est jamais entrée en production. Au final, seuls trois exemplaires roulants ont été achevés, faisant de l’EB112 moins un modèle raté qu’un fragment survivant d’une histoire alternative de Bugatti.
Conçue comme une Bugatti à quatre portes sans renoncer aux performances
L’EB112 a été dévoilée au Salon de Genève 1993 et construite sur une monocoque en fibre de carbone dérivée de l’EB110. Ce lien comptait. Plutôt que de fonctionner comme un projet de luxe détaché, la voiture reprenait l’ADN technique central de la machine vitrine de la marque et l’adaptait à un format radicalement différent : une berline quatre places à l’intention résolument performante.
Sa chaîne cinématique soulignait cette ambition. Au lieu du V12 3,5 litres quadriturbo de l’EB110, l’EB112 utilisait un V12 atmosphérique de 6,0 litres monté à l’avant de l’habitacle mais derrière l’essieu avant. Selon The Drive, le moteur développait 460 chevaux et 435 livres-pied de couple. Il était associé à une boîte manuelle à six rapports et à une transmission intégrale avec une répartition du couple de 38 % à l’avant et 62 % à l’arrière, un autre héritage spirituel de l’EB110.
Pour une berline de luxe de son époque, les performances étaient frappantes. Bugatti affirmait que la voiture pouvait atteindre 62 miles par heure en 4,3 secondes et poursuivre jusqu’à une vitesse de pointe de 186 mph. Ces chiffres expliquent en partie pourquoi l’EB112 paraît encore si singulière aujourd’hui. Ce n’était pas simplement une voiture de direction portant un badge exotique. C’était une tentative de construire une berline réellement rapide et techniquement sophistiquée à une époque où la quatre portes de luxe hautes performances restait un créneau bien plus étroit qu’il ne le deviendrait plus tard.
Style Giugiaro et lien plus fort avec l’héritage Bugatti
Le design de la voiture la distinguait aussi nettement de l’EB110. L’EB112 a été dessinée par Giorgetto Giugiaro et reprenait davantage de références visibles à l’identité d’avant-guerre de Bugatti. The Drive note que sa colonne vertébrale marquée et sa lunette arrière divisée rappelaient la Type 57 Atlantic, tandis que ses roues s’inspiraient de la Type 41. La calandre classique en fer à cheval de Bugatti revenait également dans une proportion plus grande et plus fidèle à l’histoire que la version plus petite utilisée sur l’EB110.
Cette orientation stylistique est importante parce qu’elle suggère que l’EB112 cherchait à faire plus qu’élargir la gamme. Elle tentait de définir une identité Bugatti plus complète, capable de faire le pont entre l’ingénierie des supercars et un luxe grandiose chargé d’échos historiques. Avec le recul, cette idée annonçait une stratégie que de nombreuses marques prestigieuses adopteraient plus tard : utiliser des codes de design patrimoniaux pour s’étendre à de nouvelles carrosseries sans renoncer à leur crédibilité en matière de performances.
Comment la voiture a survécu à la chute de Bugatti
La rareté de l’EB112 est indissociable de l’effondrement qui l’a interrompue. Bugatti a achevé un prototype roulant, la voiture du Salon de Genève, ainsi que deux maquettes de style avant de fermer en 1995. Un petit stock de châssis et de pièces est resté. Plus tard, l’homme d’affaires monégasque Gildo Pallanca Pastor a acquis les actifs de la société et a fait assembler deux EB112 complètes à partir de ces éléments.
L’exemplaire qui part aujourd’hui aux enchères est la deuxième de ces deux voitures achevées, ce qui explique qu’elle soit répertoriée comme un modèle 1999 alors même que Bugatti avait déjà cessé ses activités à cette date. The Drive rapporte que Pastor la conduisait parfois à Monaco avant de la vendre. Cette provenance inhabituelle ne fait qu’ajouter à l’attrait de la voiture. Elle est rare non seulement parce qu’il en a été construit très peu, mais parce que son existence couvre l’espace entre un constructeur d’origine défaillant et la sauvegarde de ses ambitions inachevées.
Pourquoi l’EB112 compte aujourd’hui
RM Sotheby’s s’attend à ce que la voiture se vende entre 1,5 million et 2 millions d’euros, soit environ 1,7 million à 2,3 millions de dollars au taux de change actuel. Cette estimation reflète plus que la rareté. Elle reflète la valeur croissante que les collectionneurs accordent aux branches inabouties de l’histoire automobile, surtout lorsque ces branches associent grands noms, ingénierie crédible et récit d’interruption.
L’EB112 se distingue parce qu’elle capture un moment où Bugatti expérimentait ce qu’elle pouvait devenir, et pas seulement le fait qu’elle savait encore construire une voiture exotique. Son ingénierie, son style et sa production minuscule en font une image instantanée d’une entreprise qui cherchait à dépasser le moule de la supercar qui l’avait remise sous les projecteurs.
Sur le marché actuel, où les marques ultra-luxe vendent couramment des SUV hautes performances et des grand tourisme à quatre portes, l’EB112 ressemble moins à une sortie de route exotique qu’à une première ébauche d’une stratégie que l’industrie allait plus tard banaliser. Cela ne la rend pas moins étrange. Cela la rend plus révélatrice sur le plan historique.
Pour les collectionneurs, la vente de Monaco offre l’occasion d’acheter l’une des expressions les plus rares de cette idée. Pour le reste de l’industrie, c’est un rappel que certains des véhicules les plus intéressants ne sont pas ceux qui ont changé le marché, mais ceux qui sont arrivés trop tôt, ont disparu trop vite et montrent encore où le marché se dirigeait finalement.
Cet article est basé sur un reportage de The Drive. Lire l’article original.




