Un nouveau front dans la guerre commerciale automobile
L'imposition par les États-Unis de tarifs généralisés sur les véhicules fabriqués en Chine — des taux qui ont augmenté à des niveaux qui éliminent efficacement les véhicules électriques chinois du marché américain — était destinée à protéger les constructeurs nationaux de la concurrence à bas coût. Mais cela a eu un effet involontaire : cela a envoyé les constructeurs automobiles chinois à la recherche de points d'entrée alternatifs en Amérique du Nord, et le Canada, avec sa structure tarifaire différente et son statut de marché automobile majeur à part entière, émerge comme cible. Chery Automobile, l'un des plus grands constructeurs automobiles privés de Chine et une marque qui a connu un succès significatif sur les marchés en développement en Asie, en Amérique du Sud et au Moyen-Orient, serait en discussions préliminaires avec des distributeurs et des régulateurs canadiens concernant une entrée sur le marché qui pourrait voir ses véhicules en vente dans les deux à trois prochaines années.
Ce mouvement, s'il est réalisé, représenterait un test significatif de la façon dont les constructeurs automobiles chinois peuvent s'établir sur un marché de consommation occidental. Les tentatives antérieures de marques chinoises d'entrer en Europe occidentale et en Amérique du Nord ont donné des résultats mitigés — une combinaison de scepticisme des consommateurs concernant la qualité et la fiabilité, d'obstacles réglementaires autour de la certification de sécurité et de désavantages de reconnaissance de marque face à la concurrence de constructeurs établis ayant des décennies d'investissements en marketing. Mais le paysage automobile de 2026 est différent du paysage face aux premières tentatives d'exportation chinoises : l'écart de qualité entre les véhicules chinois et occidentaux s'est considérablement réduit, et les constructeurs automobiles chinois ont démontré sur des marchés comme l'Australie et la Nouvelle-Zélande qu'ils pouvaient concurrencer efficacement lorsqu'ils en ont l'occasion.
Qui est Chery ?
Chery est moins connue en Amérique du Nord que certains de ses concurrents chinois, mais c'est l'un des plus importants constructeurs automobiles au monde en dehors des marchés occidentaux. Fondée en 1997 à Wuhu, province d'Anhui, Chery a été parmi les premiers constructeurs automobiles chinois à développer sa propre technologie moteur plutôt que de dépendre de coentreprises avec des constructeurs étrangers. L'entreprise a exporté des véhicules vers plus de 80 pays et ces dernières années a accéléré son expansion internationale sous les sous-marques Omoda et Jaecoo, qui se positionnent spécifiquement pour les marchés internationaux avec des designs et des ensembles de fonctionnalités adaptés aux préférences des consommateurs occidentaux.
Les véhicules utilitaires sport Omoda 5 et Omoda C5 ont reçu des critiques étonnamment positives sur les marchés où ils sont disponibles, les journalistes notant la qualité de construction, le contenu des fonctionnalités et la dynamique de conduite qui se comparent favorablement aux concurrents à des points de prix considérablement plus élevés. En Australie, où Chery et ses sous-marques sont entrés sur le marché ces dernières années, la marque a rapidement construit une base de clients basée sur un positionnement bon rapport qualité-prix. Le Canada, avec sa culture de consommation similaire et ses préférences automobiles par rapport à l'Australie, représente un modèle naturel pour un succès potentiel.
Le paysage tarifaire
Le Canada a mis en place ses propres tarifs sur les véhicules électriques fabriqués en Chine, suivant l'exemple des États-Unis et de l'Union européenne, mais à des taux sensiblement inférieurs aux tarifs américains pour les modèles non-VE. Pour les véhicules à combustion interne et hybrides — où Chery dispose d'un portefeuille de produits plus large que pour les VE purs — la situation tarifaire est plus gérable, permettant potentiellement à l'entreprise de tarifer ses véhicules de manière compétitive même avec le coût d'importation supplémentaire.
Il y a aussi la question de la production canadienne. Selon l'Accord Canada-États-Unis-Mexique, les véhicules produits au Canada reçoivent un traitement préférentiel sur le marché américain, créant une voie potentielle pour qu'un constructeur automobile chinois établisse éventuellement la fabrication canadienne comme une route vers la distribution américaine. Ce scénario est toujours spéculatif et nécessiterait un investissement substantiel et une navigation réglementaire, mais il n'est pas en dehors des limites de la planification stratégique à long terme pour une entreprise des ressources de Chery.
Honda maintient son cap
Tandis que Chery explore l'entrée sur le marché, Honda a signalé qu'elle maintient sa stratégie existante pour l'Amérique du Nord malgré les pressions de la guerre commerciale. Le constructeur automobile japonais, qui produit une part importante des véhicules qu'il vend en Amérique du Nord dans des usines en Ohio, Indiana et Alabama, est moins exposé à la volatilité tarifaire que les importateurs et a confirmé son intention de continuer à investir dans sa base de production nord-américaine. Les opérations canadiennes de Honda, centrées sur son usine d'Alliston, Ontario, produisent le CR-V pour la distribution en Amérique du Nord et représentent une présence économique significative dans le secteur automobile canadien.
Le contraste entre la stabilité de Honda et la posture exploratoire de Chery illustre la nature à deux vitesses du marché automobile actuel : les acteurs établis ayant des racines manufacturières profondes en Amérique du Nord naviguent dans la turbulence commerciale à partir d'une position de force relative, tandis que les nouveaux venus naviguent un chemin plus complexe vers l'accès au marché. Si Chery peut convertir ses discussions exploratoires en une présence réelle sur le marché canadien — et si cette présence peut éventuellement servir de tête de pont pour des ambitions plus larges en Amérique du Nord — ce sera l'une des histoires automobiles les plus conséquentes à surveiller au cours des prochaines années.
Cet article est basé sur des reportages d'Automotive News. Lisez l'article original.

