Un blazar lointain a révélé un problème bien plus proche

Des astronomes étudiant un blazar situé à environ 10 milliards d’années-lumière ont découvert qu’une partie de la distorsion de son signal radio ne provient pas de matière proche de la source, mais de la turbulence à l’intérieur même de la Voie lactée. Cette découverte donne aux chercheurs une image plus nette de la manière dont le milieu interstellaire de notre galaxie perturbe les observations radio de précision, y compris les tentatives d’imagerie de l’environnement du trou noir central de la Voie lactée.

Le travail, rapporté par des chercheurs du Center for Astrophysics | Harvard & Smithsonian et leurs collaborateurs, porte sur le quasar TXS 2005+403 et a été publié dans The Astrophysical Journal Letters.

Deux types de diffusion, difficiles à distinguer

Les signaux radio provenant de noyaux galactiques actifs lointains peuvent être modifiés de plusieurs façons avant d’atteindre la Terre. Les astronomes savent déjà que le plasma près d’une source peut produire une diffusion diffractive, qui élargit et floute le signal. Cet effet a été étudié avec l’interférométrie à très longue base, ou VLBI, qui combine des observations de radiotélescopes séparés par des milliers de kilomètres.

Le défi le plus difficile est la diffusion réfractive, une distorsion plus subtile causée par la matière turbulente située sur le trajet. Dans ce cas, les chercheurs disent que le milieu interstellaire de la Voie lactée ajoute une sous-structure à petite échelle qui brouille davantage le signal du blazar lointain.

Pourquoi TXS 2005+403 compte

Le quasar utilisé dans l’étude s’est révélé particulièrement utile parce qu’il est brillant, fortement diffusé et déjà élargi par le plasma proche de la source. Cela en fait une bonne sonde pour isoler l’empreinte supplémentaire de la turbulence dans notre propre galaxie. En pratique, l’objet devient un repère de fond qui permet aux astronomes de cartographier ce que la Voie lactée fait à la lumière qui la traverse.

C’est important, car les observations de sources radio compactes et brillantes dépendent de la capacité à déterminer quelle partie de l’image appartient à la source et quelle partie a été étalée par le milieu entre la source et l’observateur.

Une meilleure prise sur l’interférence de la Voie lactée

Les chercheurs disent que la découverte identifie précisément la manière dont la turbulence du milieu interstellaire affecte les images. C’est particulièrement important pour les travaux proches des limites de résolution angulaire, où de minuscules distorsions peuvent modifier de façon significative ce que les astronomes pensent observer.

La VLBI radio offre déjà la plus haute résolution angulaire de l’astronomie, mais cette puissance s’accompagne d’une sensibilité aux effets de propagation. Si le gaz et la turbulence propres à la galaxie créent un flou supplémentaire, les astronomes doivent modéliser ce flou avec soin avant de tirer des conclusions sur des objets extrêmes tels que les trous noirs, les jets ou les noyaux galactiques compacts.

Conséquences pour l’imagerie des trous noirs

L’une des implications pratiques mises en avant dans le texte source est l’imagerie future du trou noir supermassif de la Voie lactée. Les efforts pour améliorer ces vues dépendent non seulement de meilleurs instruments, mais aussi d’une meilleure compréhension de la distorsion de premier plan imposée par notre propre galaxie.

En ce sens, l’étude porte moins sur un seul quasar exotique que sur la calibration. En apprenant comment la turbulence locale remodèle les ondes radio entrantes, les astronomes peuvent affiner les outils de correction nécessaires pour récupérer des images plus nettes de phénomènes lointains et compacts.

Un rappel que l’astronomie concerne aussi le milieu

Il est facile de penser l’astronomie comme une discipline entièrement tournée vers des cibles lointaines, mais ce résultat montre à quel point la variable décisive se trouve souvent dans l’espace intermédiaire. La lumière et les ondes radio n’arrivent pas intactes. Elles portent l’empreinte de chaque milieu traversé, y compris la matière diffuse et turbulente répartie dans la Voie lactée.

Cela fait du milieu interstellaire bien plus qu’un décor de fond. C’est une partie active du problème de mesure et, dans certains cas, une source d’information précieuse à part entière.

Et maintenant

À mesure que la radioastronomie progresse vers des résolutions encore plus fines et une imagerie des trous noirs plus ambitieuse, les chercheurs auront besoin de sondes similaires pour cartographier la diffusion sur différentes lignes de visée. Plus ils pourront séparer précisément la structure intrinsèque de la distorsion galactique, plus ils pourront interpréter ce qu’ils voient avec confiance.

Le résultat obtenu avec TXS 2005+403 fait avancer cet effort en montrant que la turbulence de la Voie lactée laisse une empreinte mesurable et directe sur la lumière du quasar. Pour les astronomes, c’est à la fois une complication et une opportunité.

Cet article est basé sur un reportage de Universe Today. Lire l’article original.

Originally published on universetoday.com