Io pourrait être bien plus chaud que les scientifiques ne le pensaient
Io, la lune volcanique de Jupiter, est depuis longtemps considérée comme l’un des mondes les plus extrêmes du système solaire. Elle est couverte de dépressions volcaniques appelées paterae, façonnées par un chauffage interne intense provoqué par le bras de fer gravitationnel entre Jupiter et ses lunes voisines. Désormais, un nouveau preprint fondé sur les données du Jupiter InfraRed Auroral Mapper, ou JIRAM, de Juno avance que les chercheurs ont peut-être largement sous-estimé la quantité de chaleur libérée par ces systèmes volcaniques.
Si ce résultat se confirme, il dépasserait largement un simple ajustement comptable. La puissance thermique d’Io est essentielle pour comprendre l’intérieur de la lune, sa circulation magmatique, son transport de chaleur et les conséquences plus larges du chauffage par marées dans les corps planétaires. Une Io plus chaude impliquerait que certaines estimations de longue date sur la répartition de l’énergie dans son paysage volcanique ont laissé de côté une part importante du tableau global.
Pourquoi les mesures antérieures ont peut-être manqué le signal principal
Le problème, selon le rapport, vient de la manière dont les volcans ont été observés. Les estimations précédentes reposaient sur des mesures infrarouges concentrées dans une seule bande de longueur d’onde, la bande M. Cette bande est très efficace pour détecter les zones les plus chaudes, en particulier les anneaux externes brillants des lacs de lave, où le magma exposé peut atteindre des températures allant jusqu’à environ 900 kelvins. Ces zones périphériques ressortent clairement parce qu’elles sont thermiquement intenses et donc faciles à identifier comme points chauds.
Mais les paterae d’Io ne sont pas constituées uniquement de ces marges incandescentes. Elles comprennent aussi des régions centrales beaucoup plus vastes recouvertes d’une croûte plus froide, généralement entre 220 et 230 kelvins. Cette croûte se forme lorsque la lave exposée au vide spatial se solidifie et s’épaissit avec le temps, créant un couvercle isolant au-dessus du matériau fondu situé en dessous. Bien que plus froides que le périmètre, ces zones centrales occupent une surface bien plus grande.
Le nouvel argument est que les observations en bande M privilégiaient en pratique les parties les plus chaudes et les plus évidentes des volcans, tout en négligeant la contribution thermique des zones crustales plus vastes et plus froides. Autrement dit, les régions visuellement les plus spectaculaires ne représenteraient pas forcément la majeure partie du bilan thermique.


