Les tests de mémoire courants pourraient manquer les premiers signes d’Alzheimer chez les femmes

Une nouvelle étude suggère que les femmes peuvent rester classées comme cognitivement normales beaucoup plus longtemps que les hommes après le début de l’accumulation des lésions liées à la maladie d’Alzheimer dans le cerveau. Selon les chercheurs, ce n’est pas parce que la maladie est absente, mais parce que la meilleure mémoire verbale de base des femmes peut masquer les premiers signes de déclin dans les tests couramment utilisés en clinique.

L’étude a analysé des données issues de deux grandes études de long terme menées aux États-Unis et au Canada, qui ont suivi des personnes âgées au moyen de tests cognitifs réguliers et d’imagerie cérébrale. Certains participants ont fini par développer la maladie d’Alzheimer. Les chercheurs ont comparé les performances cognitives à l’accumulation d’une pathologie amyloïde, une caractéristique associée à la maladie, et ont constaté que de nombreuses femmes continuaient à réussir les tests standard de mémoire verbale même après une accumulation importante de lésions.

En moyenne, les femmes ont conservé des scores de test considérés comme normaux par l’étude pendant 2,7 ans de plus que les hommes présentant le même niveau de pathologie. Cet écart pourrait avoir de lourdes conséquences pour le diagnostic, l’accès aux soins et le moment de la prise en charge, d’autant plus que les traitements récents dépendent d’une identification plus précoce de la maladie.

Le problème n’est pas une meilleure protection, mais un meilleur camouflage

Le test cognitif mis en avant dans le rapport est bien connu en pratique clinique. Les participants devaient apprendre une liste de 15 mots et les rappeler immédiatement, après distraction, puis à nouveau plus tard. Ce type de mesure de la mémoire verbale est largement utilisé lors des évaluations de la maladie d’Alzheimer.

Selon les chercheurs, l’avantage des femmes dans ce type de tâche peut créer ce qui revient à un angle mort diagnostique. Tout au long de la vie, les femmes ont tendance à présenter en moyenne une mémoire verbale plus forte que les hommes. Ce niveau de départ plus élevé peut offrir une plus grande réserve cognitive lorsque la pathologie d’Alzheimer commence à affecter le cerveau. En pratique, les femmes peuvent perdre du terrain tout en paraissant encore normales sur l’échelle utilisée pour les évaluer.

Les auteurs de l’étude et les chercheurs extérieurs cités dans la source présentent cela comme une différence importante liée au sexe dans la manière dont Alzheimer se manifeste. Une hypothèse avancée est que les femmes pourraient avoir une connectivité cérébrale plus forte, permettant de maintenir la fonction plus longtemps même lorsque les lésions s’accumulent. Mais quel que soit le mécanisme, l’implication pratique est la même : les seuils standard des tests de mémoire verbale ne sont peut-être pas aussi sensibles selon le sexe.

Le coût clinique pourrait être important

Un diagnostic tardif n’est pas un résultat neutre. Si les femmes continuent à obtenir des scores dans la norme pendant que la pathologie progresse, elles peuvent entrer plus tard que les hommes dans les parcours de soins, à un moment où les symptômes sont plus marqués et où les options thérapeutiques peuvent être moins efficaces. Le texte source note qu’une fois cette réserve cognitive épuisée, le déclin peut s’accélérer rapidement.

Cela a encore plus d’importance aujourd’hui, car le traitement de la maladie d’Alzheimer évolue. Les nouveaux médicaments mentionnés dans le rapport, notamment lecanemab et donanemab, sont destinés à être utilisés plus tôt. Leur valeur dépend de l’identification des patients alors que la progression de la maladie est encore à un stade où une intervention peut modifier de manière significative l’évolution. Un système de tests qui reconnaît systématiquement les femmes plus tard pourrait donc créer une inégalité même lorsque les cliniciens utilisent correctement les outils standard.

Cette découverte complique aussi les idées reçues sur les personnes qui semblent en bonne santé dans les populations vieillissantes. Une performance normale à un test de mémoire largement utilisé peut ne pas avoir la même signification pour tous les patients. Elle peut plutôt refléter une combinaison de fonction réelle, de capacité de réserve et du domaine cognitif particulier mesuré.

Pourquoi cela change la conversation diagnostique

L’étude s’ajoute à un mouvement croissant en faveur d’une évaluation plus adaptée de la maladie d’Alzheimer. Si les tests de mémoire verbale sont moins sensibles à la maladie précoce chez les femmes, les cliniciens pourraient avoir besoin d’une interprétation tenant compte du sexe, de seuils ajustés ou de mesures complémentaires qui captent mieux la pathologie avant qu’elle ne soit masquée par la réserve cognitive.

Cela ne signifie pas que les tests actuels sont inutiles. Cela signifie qu’ils peuvent être incomplets lorsqu’ils sont utilisés isolément. L’imagerie cérébrale et les biomarqueurs sont déjà devenus plus importants dans la recherche et les soins spécialisés, et des résultats comme ceux-ci renforcent l’intérêt d’utiliser plusieurs outils d’évaluation plutôt que de trop dépendre d’un seul profil cognitif.

Il y a aussi une leçon plus large pour les neurosciences et la médecine. Les moyennes populationnelles peuvent masquer des différences significatives entre sous-groupes dans la présentation de la maladie. Lorsque ces différences se superposent aux outils diagnostiques standard, elles peuvent influencer qui est identifié, quand les personnes sont traitées et comment les trajectoires cliniques sont interprétées.

Ce que l’étude dit, et ne dit pas

Ce résultat n’implique pas que les femmes soient moins touchées par la pathologie d’Alzheimer. En réalité, il suggère le problème inverse : la maladie peut progresser alors que les tests habituels ne signalent toujours rien. Il ne suggère pas non plus que toutes les femmes seront diagnostiquées tardivement. Il met plutôt en évidence, à travers plusieurs ensembles de données, un schéma qui remet en question l’idée qu’un même cadre de test fonctionne aussi bien pour les deux sexes.

L’étude ne va pas jusqu’à recommander un test de remplacement spécifique. Sa contribution est d’ordre diagnostique. Elle montre que la mémoire verbale peut être à la fois une force et une source de camouflage, et que cet effet de camouflage peut durer près de trois ans.

Pour une maladie où le timing compte, ce n’est pas un détail mineur. Cela rappelle que la détection précoce dépend non seulement de traitements efficaces ou de meilleurs biomarqueurs, mais aussi de notre compréhension de la manière dont les signes de la maladie apparaissent différemment selon les personnes. Dans le cas d’Alzheimer, la mémoire plus forte des femmes pourrait gagner du temps sur le papier tout en en coûtant dans la pratique.

Cet article est basé sur un reportage de New Scientist. Lire l’article original.

Originally published on newscientist.com