Un regard rare sur l’un des objets les plus lumineux de l’Univers

Des astronomes utilisant le télescope spatial James Webb ont examiné de plus près W2246−0526, l’un des objets les plus lumineux connus de l’Univers, et les résultats éclaircissent une vieille question : qu’est-ce qui fait exactement briller les Hot DOG à une telle intensité dans l’infrarouge ? La nouvelle analyse suggère que la réponse ne se trouve peut-être pas uniquement dans le tore poussiéreux qui entoure le trou noir central. La poussière polaire semble jouer, elle aussi, un rôle important.

W2246−0526 est une galaxie obscurcie par de la poussière chaude, ou Hot DOG, observée seulement 1,2 milliard d’années après le Big Bang, à un décalage vers le rouge de 4,6. Ces systèmes sont principalement alimentés par des trous noirs supermassifs en phase d’accrétion active et émettent des quantités stupéfiantes de lumière infrarouge, avec des luminosités supérieures à 10^14 fois celle du Soleil. Parce qu’ils sont fortement enveloppés de poussière, ils sont difficiles à interpréter, ce qui en a fait une énigme persistante dans la recherche sur l’évolution des galaxies.

Ce qu’a examiné la nouvelle étude

L’étude, publiée le 14 mai dans Monthly Notices of the Royal Astronomical Society, a utilisé une analyse multi-longueurs d’onde de la distribution spectrale d’énergie de la galaxie, y compris les observations de Webb. Les chercheurs ont testé différents modèles des structures poussiéreuses entourant le noyau galactique actif, en les combinant avec des modèles de formation d’étoiles et de la galaxie hôte elle-même. Leur objectif était de déterminer quels composants physiques expliquent le mieux l’émission lumineuse inhabituelle de l’objet.

Des travaux antérieurs avaient déjà établi que W2246−0526 est dominée par de la poussière chaude, avec des températures d’environ 450 kelvins, soit près de 180 degrés Celsius. Cette plage de températures indique fortement qu’un noyau galactique actif est le moteur principal. La nouvelle modélisation affine la géométrie du système et montre que la poussière dans les régions polaires, et pas seulement dans le tore, pourrait contribuer à produire l’éclat infrarouge extrême qui définit cette classe de galaxie.

Pourquoi la poussière polaire compte

La distinction n’est pas purement esthétique. Dans de nombreux modèles de trous noirs, le tore assure l’essentiel de l’obscuration et de la réémission. Si la poussière polaire contribue de manière substantielle, alors la structure autour du trou noir pourrait être plus étendue ou dynamiquement plus complexe que ne le suggèrent des modèles plus simples. Cela importe pour la manière dont les astronomes reconstituent la croissance des trous noirs et les échanges d’énergie entre le moteur central et sa galaxie hôte.

Les Hot DOG sont déjà des laboratoires extrêmes. Elles se situent près de la limite supérieure de la luminosité galactique connue et apparaissent durant une période où l’univers primitif était encore en train de bâtir nombre de ses premières grandes structures. Comprendre comment elles génèrent et redistribuent l’énergie aide les chercheurs à étudier à la fois l’alimentation des trous noirs et les conditions dans lesquelles les galaxies se transforment.

Il y a aussi un aspect méthodologique ici. Ces systèmes sont difficiles à étudier parce que la poussière cache autant qu’elle révèle. Elle bloque les vues directes à certaines longueurs d’onde tout en réémettant de l’énergie à d’autres. La sensibilité de Webb dans l’infrarouge est donc particulièrement précieuse. Plutôt que de simplement confirmer que la galaxie est riche en poussière, le télescope permet des tests plus discriminants sur l’emplacement de cette poussière et sur la manière dont elle affecte le rendement énergétique observé.

Une fenêtre sur la croissance des trous noirs dans l’Univers primitif

W2246−0526 n’est pas qu’un autre quasar brillant. C’est la Hot DOG la plus lointaine et la plus lumineuse de son type découverte à ce jour, ce qui en fait un point d’ancrage pour cette classe. Si son éclat extrême dépend en partie de la poussière polaire, des mécanismes similaires devront peut-être être envisagés dans d’autres systèmes fortement obscurcis. Cela pourrait modifier la manière dont les astronomes classent les rôles relatifs de la formation d’étoiles, de la géométrie du tore et de la puissance du trou noir dans ces objets rares.

L’étude ne prétend pas avoir résolu tous les aspects du problème des Hot DOG. Ces galaxies restent inhabituelles et probablement diverses. Mais elle fait évoluer la discussion au-delà d’un schéma à un seul composant. Au lieu de considérer le tore comme l’unique acteur dominant, ce nouveau travail pointe vers un environnement poussiéreux plus stratifié autour du trou noir.

Pour l’astronomie, c’est là le véritable progrès. Les objets les plus lumineux de l’Univers lointain sont souvent les plus faciles à détecter, mais les plus difficiles à expliquer. Avec Webb qui permet désormais de mieux décomposer leurs budgets énergétiques, les chercheurs commencent à voir que le chemin allant de l’alimentation du trou noir à la luminosité observée peut dépendre de structures à la fois plus chaotiques et plus révélatrices que ne l’imaginaient les anciens modèles.

Cet article est basé sur un reportage de Phys.org. Lire l’article original.

Originally published on phys.org