Un projet commercial pour apporter la lumière du soleil après le coucher

La start-up californienne Reflect Orbital prévoit de tester un service encore jamais vendu commercialement : rediriger la lumière solaire depuis l’orbite terrestre basse vers des sites au sol après la tombée de la nuit. L’entreprise a réservé deux lancements de fusées indiennes et compte utiliser de grands miroirs en orbite.

Les usages envisagés vont de la prolongation de la production des fermes solaires au soutien des opérations de recherche et de sauvetage. Son premier démonstrateur orbital, Eärendil-1, devrait embarquer un réflecteur de 18 mètres sur 18. Le concept est simple en apparence, mais ses effets pourraient dépasser largement le site d’un seul client.

Une analyse publiée par Phys.org à partir de The Conversation souligne une question de gouvernance : qui décide où la lumière redirigée peut tomber lorsque des personnes extérieures à la zone visée en subissent aussi les effets ?

L’atmosphère élargit le faisceau au-delà de sa cible

Un miroir spatial pourrait en principe éclairer une installation solaire ou un site d’urgence, mais l’atmosphère ne conserve pas une limite parfaitement nette. Les molécules et aérosols diffusent une partie de la lumière réfléchie, qui peut ensuite se réfléchir au sol et se diffuser à nouveau.

L’impact visible peut donc dépasser largement le lieu qui paie le service. Même un faisceau correctement orienté peut créer une lueur dans le ciel sur une région plus étendue.

Une étude évaluée par les pairs, publiée en août, a modélisé cet effet pour un miroir futur de 54 mètres. À 14 kilomètres du faisceau, la lueur pourrait être plus brillante que la pleine lune sur la majeure partie du ciel. À 34 kilomètres, elle pourrait encore dépasser les conditions d’une pleine lune dans la direction du faisceau.

Il s’agit de projections modélisées, et non de mesures effectuées avec un miroir orbital opérationnel, mais elles transforment un service apparemment local en problème régional.

L’ingénierie n’est qu’un obstacle

Reflect Orbital doit encore démontrer qu’elle peut déployer, orienter et exploiter un grand réflecteur en orbite basse avec une précision suffisante. Son premier démonstrateur est bien plus petit que le miroir de 54 mètres étudié, et un premier test ne suffira pas à établir les performances d’une constellation commerciale.

L’entreprise évoque des usages énergétiques et d’urgence, mais la fiabilité, le coût et la sécurité de l’éclairage restent incertains. Les effets hors de l’empreinte terrestre visée devront également être pris en compte.

An American startup wants to sell sunlight after dark. Who gets a say?
Test de Reflect Orbital avec des projecteurs simulant l’effet de ses miroirs spatiaux. Crédit : Reflect Orbital

Un problème de consentement en orbite

La principale lacune politique ne concerne pas seulement le lieu de lancement d’un miroir, mais aussi les personnes consultées lorsque la lumière affecte des lieux qui ne sont pas clients. Espace aérien, frontières nationales et ciel nocturne ne coïncident pas facilement avec une tache lumineuse projetée depuis l’orbite.

Les astronomes sont des parties prenantes évidentes, mais le sujet concerne aussi les riverains, les personnes dont le travail dépend de l’obscurité et les écosystèmes. Les personnes touchées peuvent ne pas être celles qui ont commandé la lumière.

Les autorités devraient examiner la notification, les limites géographiques, les horaires, les seuils de luminosité et la responsabilité des effets involontaires. Aucun cadre réglementaire établi n’est identifié dans les informations disponibles.

Pourquoi un examen précoce est important

L’éclairage spatial reste un service commercial proposé, et non une catégorie d’infrastructure établie. Les pouvoirs publics, chercheurs, collectivités et entreprises peuvent donc évaluer les garanties avant l’emploi de réflecteurs plus grands ou d’opérations répétées.

Le modèle cité doit être interprété avec prudence : il prévoit la lueur potentielle pour une taille précise de miroir et ne documente pas de dommages réels causés par le démonstrateur. Il fournit néanmoins une raison concrète de tester la portée de l’éclairage.

Les essais de lancement seront ainsi suivis comme un possible premier cas d’étude des effets environnementaux et sociaux d’activités commerciales en orbite.

Cet article s’appuie sur un reportage de Phys.org. Lire l’article original.

Originally published on phys.org