Une épidémie sans réseau prêt à être déployé
Alors que l’épidémie d’Ebola progresse dans la province de l’Ituri, en République démocratique du Congo, un réseau de recherche conçu précisément pour répondre à ce type d’urgence a été relégué au second plan. Selon Ars Technica, la raison n’est ni un manque d’expertise ni un manque d’urgence, mais la perte de financements américains.
Les Centers for Research in Emerging Infectious Diseases, ou CREID, ont été créés par les National Institutes of Health en 2020 pour étudier les virus issus de la faune sauvage qui passent à l’être humain. Le réseau exploitait 10 sites dans le monde, notamment en Afrique centrale et orientale, où des épidémies comme Ebola exigent le plus souvent une réponse rapide sur le terrain.
Le NIH avait accordé au CREID environ 82 millions de dollars sur cinq ans. Mais lorsque le financement est arrivé à échéance en 2025, les centres ont reçu à la place un ordre d’arrêt des travaux. Le texte source indique que la recherche avait été jugée « non sûre pour les Américains et pas une bonne utilisation de l’argent des contribuables », et que les priorités de l’agence ne soutenaient plus le programme. Des chercheurs cités dans le reportage relient en partie cette issue à des théories du complot sur les origines de la COVID-19.
Ce que le réseau devait faire
L’importance de cette coupe apparaît plus clairement lorsqu’on la compare à l’épidémie elle-même. Le CREID a été conçu pour la préparation, la surveillance, le diagnostic et l’appui scientifique sur le terrain dans les lieux où les agents pathogènes émergents sont les plus susceptibles d’apparaître. Dans la situation actuelle d’Ebola, affirment les chercheurs, le réseau se serait mobilisé.
Kristian Andersen, de Scripps Research, qui dirigeait l’un des deux centres CREID en Afrique de l’Ouest, a déclaré à Ars Technica qu’il avait aidé à mettre au point des diagnostics et à séquencer les génomes du virus Ebola lors d’épidémies passées afin de comprendre comment le virus évoluait et se propageait. Il dit qu’il continue à échanger avec des collègues en RDC et à examiner des données, mais qu’il ne dispose plus de financements du NIH pour apporter un soutien direct aux tests ou au séquençage.
Robert Garry, de la Tulane Medical School, qui codirigeait le centre avec Andersen, a formulé le problème plus nettement : tout le réseau se serait mobilisé. Cette phrase résume ce qui a été perdu. Il ne s’agit pas seulement d’une ligne budgétaire. C’est une couche opérationnelle manquante entre la capacité scientifique et la réponse à l’épidémie.
Le coût de la réduction de la préparation
L’histoire du CREID illustre une faiblesse récurrente de la politique de santé publique : la préparation devient la plus visible après avoir été démantelée. Les réseaux créés pendant une crise, ou après celle-ci, peuvent sembler superflus une fois l’attention politique déplacée. Mais la valeur de ces systèmes réside précisément dans leur capacité à agir avant qu’une menace ne fasse la une mondiale.
L’épidémie actuelle d’Ebola met ce principe à rude épreuve. Les chercheurs disposant de l’expertise nécessaire sont toujours en place. Le besoin international est clair. Mais la structure institutionnelle censée les relier à l’épidémie a été affaiblie. Cela crée un manque non seulement scientifique, mais aussi temporel. Des retards dans le diagnostic, le séquençage et la coordination sur le terrain peuvent influer sur la qualité de la réponse globale.
Le reportage note aussi que le CREID travaillait sur un éventail plus large de pathogènes émergents, y compris le hantavirus. Cet éventail plus large compte, car la préparation aux infections émergentes ne concerne que rarement une seule maladie à la fois. Elle consiste à maintenir les personnes, les outils et les partenariats nécessaires lorsque le prochain événement survient.
La préparation comme choix politique
Il y a ici une leçon plus large en matière de politique publique. La préparation aux pandémies et aux épidémies ne se limite pas aux vaccins ou aux déclarations d’urgence une fois la crise devenue évidente. Elle dépend aussi de la capacité des gouvernements à maintenir l’infrastructure de recherche plus discrète qui permet aux experts de détecter, caractériser et contenir les menaces à un stade précoce.
La décision américaine décrite dans le reportage a fait l’inverse. Elle a retiré son soutien à un réseau créé pour répondre aux maladies infectieuses émergentes précisément au moment où une grande épidémie rendait ce réseau nécessaire dans le monde réel. Cela ne réduit pas seulement l’activité scientifique. Cela réduit aussi les options pendant une crise.
Pour l’instant, le constat le plus frappant est le plus simple : un réseau créé pour aider à combattre les épidémies dans des régions vulnérables regarde une urgence Ebola se dérouler de loin. En matière de préparation, ce n’est pas un échec technique. C’est un échec politique.
Cet article s’appuie sur un reportage d’Ars Technica. Lire l’article original.
Originally published on arstechnica.com





