Les prix du F-35 repartent à la hausse à mesure que le programme entre dans de nouveaux lots de production

Le Pentagone indique que le coût moyen de sortie d’usine de toutes les principales variantes du F-35 a augmenté dans les lots de production les plus récents de l’appareil, un retournement notable pour un programme qui a passé des années à mettre en avant la baisse des prix unitaires à mesure que la production montait en cadence. Les nouveaux chiffres, rapportés par Breaking Defense et confirmés par le F-35 Joint Program Office, montrent des coûts de livraison plus élevés pour le F-35A de l’US Air Force, le F-35B à décollage court et atterrissage vertical des Marines, et le F-35C compatible porte-avions de l’US Navy.

Pour les lots 18 et 19, dont la livraison est prévue au cours des deux prochaines années, le coût moyen de sortie d’usine du F-35A est monté à 92 millions de dollars. À comparer avec 82,5 millions de dollars pour le groupe le plus récent de contrats de production précédents couvrant 2023 à 2026, soit une hausse de 11,5 %. Le F-35B est passé à 121,4 millions de dollars contre 109 millions, en hausse de 11,4 %. Le F-35C a augmenté à 110,8 millions de dollars contre 102,1 millions, soit une progression de 8,5 %.

Ces évolutions comptent, car le coût de sortie d’usine est l’un des indicateurs publics les plus clairs de ce qu’il faut pour mettre en service un avion de combat en état livrable. La mesure inclut l’équipement nécessaire à la livraison, et pas seulement la cellule. Dans le cas du F-35, cela signifie que le total est प्रभावित non seulement par le travail de Lockheed Martin en tant qu’entrepreneur principal, mais aussi par des systèmes majeurs fournis par le gouvernement et par des apports de fournisseurs en dehors du périmètre étroit du contrat principal de production.

Pourquoi ces hausses comptent

Le F-35 reste l’avion tactique de référence pour les États-Unis et pour un nombre croissant de forces aériennes alliées. Cette échelle signifie que même des variations de quelques points de pourcentage peuvent se traduire par des effets budgétaires majeurs sur les flottes prévues. Une hausse de 11 % sur le F-35A, la version la plus achetée, est particulièrement significative, car l’appareil a souvent été présenté comme se dirigeant vers une économie de production plus stable et plus prévisible.

La dernière hausse rappelle aussi à quel point les grands programmes industriels de défense restent vulnérables aux conditions industrielles générales. Selon Breaking Defense, le Pentagone avait auparavant attribué la pression sur les coûts du lot 18 à l’inflation, à la hausse des prix des matières premières et à des perturbations de la chaîne d’approvisionnement. Pour un chasseur moderne, ces forces ne sont pas abstraites. Elles touchent les alliages spécialisés, l’électronique, les composants de propulsion, la main-d’œuvre, le transport et le calendrier des livraisons en amont au sein d’une base de fournisseurs profondément interdépendante.

Lockheed Martin a renvoyé à une déclaration antérieure disant que le programme entre en production à plein régime tout en reprenant des livraisons de développement à plus grand volume et en s’étendant à l’échelle mondiale. L’entreprise a aussi indiqué que l’accent du programme est passé de la démonstration de l’avion de base à la modernisation, à la disponibilité opérationnelle, au contrôle du maintien en condition et à l’intégration de nouvelles capacités. Ce cadrage suggère un programme qui n’est plus jugé seulement à l’aune du coût de fabrication des avions de base, mais à celle de sa capacité à évoluer efficacement et à soutenir une vaste flotte internationale.

Ce que contient le chiffre de sortie d’usine

Les détails derrière la hausse des prix ne sont pas entièrement détaillés dans le rapport fourni, mais la structure de l’appareil aide à expliquer pourquoi la réponse ne se trouve probablement pas dans un seul sous-système. Le coût de sortie d’usine inclut des équipements fournis par le gouvernement, comme le moteur F135 fabriqué par Pratt & Whitney, une filiale de RTX. Il comprend aussi d’autres systèmes essentiels à la mission fournis par des entreprises externes, notamment le radar amélioré de Northrop Grumman.

Un F-35B Lightning II décolle du pont d’envol du navire d’assaut amphibie USS America (LHA 6) en mer des Philippines. (Photo de l’US Navy par le matelot spécialiste en communication de masse Sam McNeely)
Un F-35B Lightning II décolle du pont d’envol du navire d’assaut amphibie USS America (LHA 6) en mer des Philippines. (Photo de l’US Navy par le matelot spécialiste en communication de masse Sam McNeely)

Cela compte, car la pression sur l’un de ces éléments peut se répercuter sur le coût final de l’appareil. Même lorsque l’entrepreneur principal maintient son propre rythme de production relativement stable, les moteurs, capteurs, électroniques et ensembles spécialisés peuvent tous faire monter le prix livré. Breaking Defense a noté que des retards affectant le radar amélioré ont déjà obligé le Pentagone à accepter certains appareils sans ce capteur de nez, soulignant que les frictions de calendrier et la complexité de configuration restent une partie de la réalité du programme.

Les chiffres actuels pointent donc vers une vérité plus large sur l’achat d’avions de combat avancés : une fois qu’un programme atteint cette échelle, le « coût unitaire » ne raconte qu’une partie de l’histoire. Le prix de livraison reflète la santé d’un système industriel et d’intégration bien plus vaste. En ce sens, la hausse du F-35 n’est pas seulement une histoire de chasseur. C’est aussi une mesure de la résilience, ou de la fragilité, de la base industrielle de défense qui le soutient.

Une pression au-delà des États-Unis

Le changement de coût a aussi des implications internationales. Breaking Defense a rapporté que la hausse des prix avait précédemment contribué à un différend avec la Suisse au sujet de son achat du F-35, qui s’est finalement soldé par une réduction de la commande prévue par Berne. Cet épisode montre que même une plateforme mondialement établie peut rencontrer une résistance politique et budgétaire lorsque l’économie d’acquisition attendue commence à évoluer.

Pour les pays partenaires et les clients à l’export, l’attrait du F-35 a toujours reposé sur une combinaison de furtivité, de capteurs, d’interopérabilité et de pertinence durable au sein des coalitions. Mais ces avantages sont en concurrence directe avec l’accessibilité financière. Si la hausse des prix se poursuit, les gouvernements pourraient devoir faire des arbitrages plus difficiles entre la taille de la flotte, l’ampleur des modernisations et le rythme des achats.

Aux États-Unis, la question est similaire. Le F-35 est trop central pour être simplement abandonné, mais une hausse persistante des coûts peut modifier l’agressivité avec laquelle les armées l’achètent, la manière dont elles échelonnent la modernisation, et ce qu’elles reportent ailleurs pour protéger les dépenses consacrées aux chasseurs. Parce que l’appareil structure la planification future de la puissance aérienne dans plusieurs services, ses tendances tarifaires ont des conséquences bien au-delà de la chaîne de production.

Un défi familier à une phase différente

Les nouveaux prix des lots 18 et 19 ne signifient pas que le programme F-35 échoue, mais ils compliquent le récit de longue date selon lequel la maturité devait naturellement entraîner une baisse des coûts. Au contraire, le programme semble entrer dans une phase où les exigences de modernisation, les contraintes des fournisseurs et la réalité de l’inflation peuvent l’emporter sur les bénéfices de l’expérience de production.

Cela rend les derniers chiffres dignes d’attention. Le F-35 n’est plus seulement une histoire de développement ou de montée en cadence. Il devient de plus en plus un test de la capacité des États-Unis et de leurs partenaires industriels à maintenir à un coût supportable un avion de combat complexe et déployé dans le monde entier, tout en le modernisant pour la prochaine ère de la guerre.

Cet article s’appuie sur la couverture de Breaking Defense. Lire l’article original.

Originally published on breakingdefense.com