La vision de l’armée d’une image unifiée du champ de bataille se heurte aux réalités de la guerre

L’effort de l’armée américaine pour construire un système de commandement et de contrôle de nouvelle génération est désormais façonné, de manière très concrète, par des soldats qui utilisent sur le terrain les premières versions de la technologie. Un reportage de Defense One montre que la 25e division d’infanterie à Hawaï aide à identifier ce qui fonctionne, ce qui ne fonctionne pas et ce qui doit encore être corrigé, alors que l’armée tente de relier ses nombreux systèmes de données distincts en une image opérationnelle unique.

Au cœur de cet effort se trouve le programme Next Generation Command and Control de l’armée, ou NGC2. L’objectif est simple en principe mais difficile dans la pratique : regrouper des informations aujourd’hui réparties dans des systèmes séparés couvrant le renseignement, la surveillance, les objectifs, les niveaux de munitions et d’autres fonctions du champ de bataille, puis les afficher en un seul endroit afin que les commandants et les unités puissent prendre des décisions plus rapidement. L’armée veut supprimer la nécessité pour les troupes de passer d’un système à l’autre et d’assembler manuellement une image cohérente.

Cette promesse de consolidation explique en partie pourquoi la modernisation du commandement et du contrôle est devenue une priorité si élevée. Plus une force déploie de capteurs, de réseaux et d’armes, plus il devient précieux de transmettre la bonne information à la bonne personne sans délai. Mais le reportage de Defense One montre clairement que créer une plateforme techniquement intégrée n’est qu’une première étape. Les soldats ont aussi besoin que le système présente l’information d’une manière exploitable dans des conditions opérationnelles réelles.

Trop de données peut être aussi problématique que pas assez

L’un des enseignements les plus nets des exercices Lightning Surge de la 25e division d’infanterie est que la surcharge d’information peut nuire à la valeur d’un environnement de données unifié. Le lieutenant-colonel Adam Brinkman, chef des communications et des réseaux de la division, a indiqué que les troupes géraient des volumes de données de plusieurs milliers d’objets et n’avaient aucun moyen de contrôler ce qui était transmis depuis Palantir. En pratique, cela obligeait les utilisateurs à un choix du tout ou rien : tout recevoir ou ne rien recevoir.

Ce type de problème de conception est important, car un système censé améliorer la vitesse peut au contraire créer de la lenteur si les opérateurs doivent trier trop d’informations parasites. Le défi de l’armée ne consiste pas seulement à agréger des données, mais aussi à les filtrer. Une image opérationnelle commune n’est utile que si elle est suffisamment adaptée pour soutenir les décisions au lieu de les noyer. Entre le premier et le deuxième événement Lightning Surge, Brinkman a indiqué qu’une étroite collaboration avait eu lieu entre Lockheed Martin et Palantir afin de développer une application permettant aux utilisateurs de sélectionner des informations précises et d’envoyer uniquement ce qui était nécessaire vers la couche de données.

Cette réaction est remarquable, car elle montre que l’armée utilise ces exercices comme une boucle de retour en temps réel, et non comme une simple démonstration. Le reportage suggère que les développeurs ont réagi rapidement pour traiter un problème soulevé directement par les soldats. C’est exactement le type d’itération que le service dit vouloir avec son modèle Transformation-in-Contact, où les unités opérationnelles testent les capacités assez tôt pour influencer la technologie plutôt que de recevoir simplement des produits finis.

Les données classifiées et non classifiées continuent de créer des frictions

Un autre problème qui ressort des exercices à Hawaï est la distinction entre informations classifiées et non classifiées. Brinkman a indiqué que l’étape suivante après Lightning Surge 2 nécessitera une application qui sépare et organise ces deux flux à mesure qu’ils entrent dans le système. Cela peut sembler un détail technique, mais cela renvoie à l’un des plus anciens obstacles du commandement et du contrôle militaires : l’information circule à des vitesses différentes et selon des règles différentes en fonction de son niveau de classification.

Le général de division John Bartholomees, qui commande la 25e division d’infanterie, a décrit le problème en termes pratiques. Il a expliqué que la force communique souvent et efficacement avec la force interarmées, mais que cela prend encore des heures et de l’énergie qui devraient être automatisées. Sa référence à l’élimination du “swivel chair” résume une frustration militaire bien connue : des personnels qui passent d’un système à l’autre au lieu de travailler dans un flux continu. Si NGC2 est censé raccourcir les cycles de décision, ce type de passerelle manuelle entre réseaux doit être considérablement réduit.

Le problème dépasse la simple conception de l’interface utilisateur. Il touche à la crédibilité de l’argument plus large de modernisation de l’armée. Une plateforme de commandement qui fusionne les données sur le papier mais dépend encore de transferts manuels intensifs entre domaines de classification aura du mal à offrir l’avantage temporel que recherche le service. L’apport de la 25e division d’infanterie compte donc au-delà d’une seule série d’exercices. Il révèle si l’architecture peut gérer les routines des opérations militaires quotidiennes, et pas seulement le concept sur les diapositives.

L’automatisation devient le prochain signal de demande

Le reportage souligne aussi une autre attente importante : les soldats veulent davantage d’automatisation dans la manière dont le système gère les voies de communication. La division cherche un moyen automatique pour que NGC2 choisisse quel type de spectre ou de méthode de communication utiliser, plutôt que de dépendre d’un choix manuel à chaque changement de conditions. Dans un environnement contesté ou mouvant, cette capacité pourrait devenir essentielle pour maintenir les unités connectées sans intervention constante des opérateurs.

Cette demande s’inscrit dans la trajectoire plus large des réseaux militaires modernes. Les systèmes de commandement et de contrôle ne sont plus jugés uniquement sur leur capacité à afficher des données. On attend de plus en plus d’eux qu’ils aident à gérer les conditions dans lesquelles ces données sont déplacées, hiérarchisées et délivrées. Si l’armée réussit, NGC2 ne sera pas seulement un tableau de bord. Il commencera à agir comme une couche de coordination qui réduit la charge des décisions de routine pour les utilisateurs humains.

Néanmoins, le reportage de Defense One montre que l’armée n’en est pas encore là. Ce que le service possède aujourd’hui est un effort prometteur mais inachevé, dont les limites deviennent visibles dès que les soldats commencent à s’y fier pendant les exercices. Ce n’est pas nécessairement un échec. D’une certaine façon, c’est même l’objectif du modèle d’expérimentation actuel. Mais cela signifie que la route vers un environnement de gestion de bataille véritablement intégré dépendra de la rapidité avec laquelle les retours du terrain pourront être transformés en améliorations utilisables.

Pourquoi les expériences d’Hawaï comptent

Le travail de la 25e division d’infanterie offre un regard concret sur la manière dont l’armée tente de moderniser l’un de ses systèmes numériques les plus importants. La principale conclusion est que la réforme du commandement et du contrôle ne consiste plus seulement à connecter des plateformes. Il s’agit de rendre ces connexions gérables pour les personnes qui doivent combattre avec elles. Les soldats veulent des flux d’information plus clairs, une meilleure séparation des types de données et une automatisation qui réduise les efforts manuels inutiles.

Ces exigences sont raisonnables, mais elles sont aussi exigeantes. Elles élèvent le niveau d’exigence auquel NGC2 doit répondre s’il veut remplacer le patchwork actuel de l’armée. Les exercices à Hawaï montrent que le service obtient tôt des réponses utiles, avant que le système ne se fige autour de mauvaises hypothèses. Que cela se transforme ou non en avantage durable dépendra de la capacité des développeurs à suivre le rythme des retours venant du terrain.

Pour l’instant, le système de commandement de nouvelle génération de l’armée reste un chantier en cours. Ce qui rend le moment actuel important, c’est que l’écart entre le concept et l’usage est testé ouvertement. C’est peut-être le signe de progrès le plus important à ce jour.

Cet article s’appuie sur un reportage de Defense One. Lire l’article original.