Une batterie qui défie la physique classique

En physique classique, charger plusieurs batteries simultanément nécessite soit plus de puissance, soit plus de temps — la relation entre la vitesse de charge, le nombre de cellules et l'entrée d'énergie est linéaire et inévitable. La mécanique quantique offre une possibilité différente : des systèmes où la cohérence quantique et l'enchevêtrement permettent à l'énergie d'être stockée collectivement dans plusieurs unités de manière à rendre le tout plus efficace que la somme de ses parties. Un nouveau prototype construit par des chercheurs australiens a démontré cet avantage quantique dans un appareil réel pour la première fois.

L'équipe, provenant de l'University of Melbourne, RMIT University et du CSIRO — l'agence scientifique nationale australienne — a construit une batterie quantique en utilisant des matériaux semiconducteurs organiques qui supportent le stockage d'énergie cohérent quantique à température ambiante. En testant, ils ont observé que la vitesse de charge du dispositif augmentait à mesure que plus d'unités étaient ajoutées au système, un phénomène connu sous le nom d'avantage de charge quantique que les physiciens théoriciens avaient prédit mais jamais observé auparavant dans un prototype physique.

L'avantage de charge quantique expliqué

Dans une batterie conventionnelle, les cellules électrochimiques individuelles se chargent indépendamment. L'ajout de plus de cellules à un système nécessite proportionnellement plus d'entrée d'énergie et de temps, car le processus de charge ne bénéficie pas des interactions entre les cellules — chaque cellule fait son propre travail en isolement. Le temps total de charge augmente linéairement avec le nombre de cellules à un niveau de puissance donné.

Une batterie quantique exploite les propriétés de la mécanique quantique — spécifiquement la superposition et l'enchevêtrement — pour charger les cellules collectivement plutôt qu'indépendamment. Lorsque les cellules sont en superposition quantique pendant la charge, l'énergie peut être distribuée dans tout le système simultanément plutôt que séquentiellement. À mesure que le système devient plus grand et que davantage de canaux d'enchevêtrement deviennent disponibles, l'efficacité de ce processus de charge collectif s'améliore réellement. Le résultat est qu'une batterie quantique plus grande se charge plus rapidement par cellule qu'une plus petite, à la même entrée de puissance — le contraire de ce que prédit la physique classique.

Le rôle des semiconducteurs organiques

L'une des réalisations techniques clés du travail de l'équipe australienne est la démonstration de l'avantage de charge quantique en utilisant des matériaux semiconducteurs organiques plutôt que des systèmes cryogéniques exotiques. Les propositions théoriques antérieures pour les batteries quantiques supposaient généralement un fonctionnement à des températures proches du zéro absolu, où la cohérence quantique est plus facile à maintenir mais les applications pratiques sont sévèrement limitées. Les semiconducteurs organiques peuvent soutenir les états électroniques cohérents quantiques nécessaires au fonctionnement des batteries quantiques à température ambiante, rendant la technologie potentiellement viable pour les appareils du monde réel.

Le semiconducteur organique spécifique utilisé dans le prototype soutient le transport d'excitons Frenkel — un type d'état électronique excité qui peut se propager de manière cohérente à travers la structure moléculaire du matériau. En concevant l'appareil pour exploiter cette voie de transport cohérent pendant la charge, l'équipe a pu observer l'avantage quantique dans un système qui fonctionne sans infrastructure de refroidissement coûteuse.

Du prototype à l'appareil pratique

Le prototype actuel est une preuve de concept plutôt qu'une technologie prête pour la production. Les densités d'énergie réalisées sont significativement inférieures à celles des batteries lithium-ion, et l'appareil n'a pas été testé sur des milliers de cycles charge-décharge pour évaluer la longévité. Le programme de recherche immédiat se concentrera sur la compréhension précise du maintien de la cohérence quantique pendant la charge et sur la performance de l'appareil à mesure que la température et les conditions environnementales s'écartent des paramètres de laboratoire idéaux.

Les applications potentielles motivant cette recherche incluent la charge rapide pour les appareils électroniques, les véhicules électriques et les systèmes de stockage en réseau où la capacité d'absorber l'énergie à des taux élevés est aussi importante que la capacité de la stocker. Si l'avantage de charge quantique peut être maintenu à mesure que la taille de l'appareil et la capacité énergétique sont augmentées, les implications pour l'infrastructure de charge pourraient être significatives — particulièrement pour les applications de VE où la réduction du temps de charge reste l'une des barrières principales à l'adoption de masse.

Validation théorique à l'échelle physique

La signification de ce prototype dépasse son potentiel d'application à court terme. Les batteries quantiques ont été proposées théoriquement il y a plus d'une décennie, et la construction d'un appareil fonctionnel qui démontre l'avantage quantique prédit valide un corpus de travail théorique qui a parfois été remis en question quant à savoir si ses hypothèses sur le maintien de la décohérence étaient physiquement réalisables. Le prototype australien répond affirmativement à cette question, du moins dans un environnement de laboratoire.

Cette validation accélèrera le domaine en donnant aux théoriciens la confiance que la physique des batteries quantiques est réelle plutôt qu'idéalisée, et en donnant aux ingénieurs un langage de conception concret — semiconducteurs organiques supportant le transport d'excitons cohérents — sur lequel baser la prochaine génération d'appareils expérimentaux visant une densité d'énergie plus élevée et des facteurs de forme pratiques.

Cet article est basé sur les reportages d'Interesting Engineering. Lire l'article original.

Originally published on interestingengineering.com