Le récit de l’automatisation dépend encore des humains
Le sénateur du Massachusetts Ed Markey a renforcé la surveillance des entreprises de véhicules autonomes en se concentrant sur un aspect du secteur souvent absent du marketing destiné au public : les employés humains qui aident les véhicules lorsque le logiciel se trompe ou se bloque. Selon Fast Company, le bureau de Markey a envoyé en février des questions détaillées à sept entreprises, dont Waymo, Tesla, Zoox, Aurora, Motional, Nuro et May Mobility.
L’enquête a révélé qu’aucune des sept entreprises n’a accepté de dire à quelle fréquence ses véhicules ont besoin d’une aide humaine pour se sortir de situations difficiles. Ce refus est significatif, car il laisse sans réponse une question publique élémentaire. Si un véhicule a régulièrement besoin d’une assistance à distance ou d’une intervention, la frontière pratique entre « autonome » et « assisté par une main-d’œuvre cachée » devient moins claire.
Le bureau de Markey a également relevé de fortes variations dans les délais de communication entre les véhicules et les travailleurs qui les assistent. Dans des systèmes critiques pour la sécurité, la latence n’est pas un détail technique. Elle peut déterminer si une instruction à distance arrive à temps pour avoir un effet.
L’assistance à distance n’est pas de la conduite à distance, mais cela reste un enjeu de sécurité
Les entreprises du secteur soutiennent généralement que leurs équipes à distance ne conduisent pas directement les véhicules. Elles affirment plutôt que ces travailleurs fournissent des conseils ou des éléments de contexte pendant que le logiciel embarqué reste aux commandes et peut rejeter les suggestions. Cette distinction peut être importante sur le plan juridique et technique, mais elle n’efface pas les questions de politique publique soulevées par l’enquête.
L’assistance humaine à distance introduit toujours des dépendances opérationnelles : qualité du personnel, formation, fatigue, connectivité et procédures d’escalade. Si un robotaxi ou un véhicule de livraison s’arrête de manière inattendue, la rapidité et la compétence de la couche d’assistance humaine peuvent affecter la fluidité du trafic, l’intervention d’urgence et la sécurité publique.
Fast Company note que des responsables municipaux ont déjà exprimé des inquiétudes au sujet des arrêts non planifiés et de la manière dont ils perturbent les rues et les opérations d’urgence. Ces incidents peuvent obliger à intervenir non seulement les employés de l’entreprise, mais aussi les premiers intervenants locaux. Dans ce contexte, les systèmes d’assistance à distance deviennent un élément des interactions avec les infrastructures publiques, et pas seulement des processus internes de l’entreprise.
La géographie du travail compte aussi
L’enquête a révélé que Waymo est la seule entreprise parmi celles interrogées à s’appuyer sur du personnel basé hors des États-Unis pour aider son système de conduite, et la seule à employer une large part de travailleurs dans ce rôle sans permis de conduire américain. Ces éléments renforcent les questions sur les standards. Si les entreprises utilisent l’assistance à distance de manière différente, avec des viviers de main-d’œuvre, des hypothèses de formation et des temps de réponse différents, alors le secteur pourrait se développer sans base commune pour définir à quoi devraient ressembler des opérations d’assistance sûres.
C’est précisément cette incohérence qui fait de l’enquête de Markey bien plus qu’un simple exercice politique ciblé. Elle met en lumière une faille de gouvernance. Le débat public sur les véhicules autonomes se concentre souvent sur les capteurs, les logiciels et la présence ou non d’un conducteur derrière le volant. On prête beaucoup moins attention aux centres d’opérations invisibles qui aident les systèmes à se remettre de l’ambiguïté.
L’implication plus large est inconfortable pour le secteur, mais utile pour les régulateurs et le public. Les systèmes sans conducteur ne remplacent pas simplement le jugement humain ; dans de nombreux cas, ils le redistribuent. Une partie de ce jugement existe encore, mais plus loin, médiatisée par des réseaux, des procédures et des travailleurs faciles à oublier.
L’enquête de Markey ne démontre pas que les véhicules autonomes ne peuvent pas fonctionner. Elle montre plutôt que l’image actuelle est plus hybride que ne le suggèrent beaucoup de récits. Si le secteur veut gagner la confiance du public, il devra peut-être finir par expliquer plus clairement où se trouvent encore les humains, ce qu’ils font et à quelle fréquence le logiciel a encore besoin d’eux.
Cet article s’appuie sur un reportage de Fast Company. Lire l’article original.
Originally published on fastcompany.com

