Une autre façon de fabriquer des médicaments biologiques
Une étude publiée dans Science propose une alternative frappante au modèle habituel de production des biothérapies: au lieu de fabriquer des protéines à l'extérieur du corps puis de les administrer à plusieurs reprises comme médicament, les chercheurs cherchent à modifier des cellules pour que l'organisme produise lui-même ces protéines.
Le travail, mené par des chercheurs de l'université Rockefeller, a montré que la modification d'un petit nombre de cellules souches pouvait déclencher une production durable d'anticorps chez des souris. Ces anticorps étaient non seulement durables, mais aussi renforçables, et ils protégeaient les animaux contre des infections grippales autrement mortelles. Le résultat reste une preuve de concept précoce, mais il ouvre sur une ambition plus large en médecine: transformer le système immunitaire en plateforme de fabrication programmable.
Cette idée pourrait dépasser le cadre des maladies infectieuses. Les chercheurs ont indiqué que ce même cadre pourrait, à terme, soutenir des traitements pour les déficits en protéines, les troubles métaboliques, l'auto-immunité et le cancer.
Pourquoi certaines protéines thérapeutiques sont difficiles à produire de la manière habituelle
La médecine moderne dépend fortement des protéines thérapeutiques, en particulier des anticorps. Mais beaucoup des candidats les plus puissants sont difficiles à générer et à maintenir à des niveaux utiles par les approches conventionnelles. Certains nécessitent des doses répétées. D'autres sont difficiles à induire naturellement par la vaccination. Dans d'autres cas, la fabrication et l'administration deviennent des facteurs limitants.
L'étude s'attaque spécifiquement à un problème de longue date en immunologie. Les vaccins traditionnels fonctionnent en exposant le corps à un antigène et en encourageant les cellules B à faire évoluer des anticorps capables de reconnaître la menace. Ce modèle peut être efficace lorsque les agents pathogènes présentent des cibles stables. Mais le VIH, par exemple, est particulièrement difficile parce qu'il masque des régions vulnérables derrière des molécules de sucre qui ressemblent aux tissus de l'organisme, ce qui les rend plus difficiles à cibler pour le système immunitaire.
Des anticorps largement neutralisants peuvent contourner ce camouflage, mais ils sont rares. Selon les chercheurs, ces anticorps n'apparaissent qu'à partir de cellules précurseurs rares, après un long et complexe processus de mutation. Beaucoup de personnes ne les produiront peut-être jamais, même avec des stratégies vaccinales soigneusement conçues.




