Un nouveau modèle de stockage entre dans l’histoire d’un réseau dominé par le charbon
L’entreprise publique sud-africaine Eskom explore le stockage par gravité à l’échelle du réseau grâce à un nouvel accord avec Energy Vault, une initiative qui offre à l’une des technologies de stockage de longue durée les plus atypiques du secteur électrique un terrain d’essai de premier plan. Selon pv magazine, les entreprises ont signé un accord de développement stratégique couvrant un possible système de stockage d’énergie par gravité de 25 mégawatts et 100 mégawattheures à la centrale de Hendrina, dans le Mpumalanga.
L’accord est important parce qu’il ne se limite pas à un seul site de démonstration. Il établit également un cadre pour concéder des licences, co-développer et nouer des partenariats sur jusqu’à 4 gigawattheures de déploiements de stockage de longue durée dans les 16 États de la Communauté de développement de l’Afrique australe. Cette portée régionale transforme ce qui pourrait n’être qu’un pilote en une tête de pont commerciale plus large.
Comment le système proposé fonctionnerait
Energy Vault prévoit d’utiliser sa plateforme gravitaire EVx 2.0 à Hendrina, l’une des plus anciennes centrales à charbon d’Eskom. Le système reposerait sur de grands blocs fabriqués à partir de cendres de charbon résiduelles, chaque bloc pouvant peser entre 25 et 30 tonnes. Le concept est simple en principe, même si l’ingénierie est complexe en pratique : utiliser la gravité comme support de stockage en soulevant et en abaissant des masses lourdes pour absorber et restituer de l’énergie.
La société affirme que la plateforme comprend des avancées en orchestration logicielle, en opérations mécaniques et en automatisation de la construction. Ces éléments sont essentiels pour déterminer si les systèmes par gravité peuvent rivaliser avec des solutions de stockage plus établies, notamment en termes de coût, de fiabilité et de rapidité de déploiement. Sur des marchés qui ont besoin d’un stockage de plus longue durée et disposent de sites industriels hérités, la capacité à réutiliser des matériaux résiduels et l’infrastructure électrique existante pourrait faire partie de l’argumentaire.
Pourquoi l’Afrique du Sud est un cas d’essai déterminant
L’Afrique du Sud constitue un terrain particulièrement important pour ce type d’expérience. Eskom se trouve au centre d’un réseau soumis à une pression constante pour équilibrer des actifs vieillissants, des besoins croissants d’intégration des énergies propres et les réalités pratiques de la transition des infrastructures. Installer le système de stockage proposé dans une centrale à charbon souligne le chevauchement symbolique et opérationnel entre l’ancienne base énergétique du pays et les technologies envisagées pour soutenir un avenir différent.
L’utilisation de cendres de charbon résiduelles est également remarquable. Si le projet avance, il relierait des sous-produits industriels de l’ère fossile à une technologie de stockage commercialisée pour la transition vers un réseau bas carbone. Cela n’efface pas les défis liés à la dépendance au charbon, mais cela renvoie à une approche qui cherche à extraire une valeur supplémentaire des flux de matériaux hérités plutôt que de les considérer uniquement comme des déchets à éliminer.
Une ambition régionale, pas seulement un contrat
Le cadre plus large autour de l’accord avec Eskom est peut-être le signal commercial le plus important. Jusqu’à 4 gigawattheures d’activité potentielle de stockage de longue durée en Afrique australe indique qu’Energy Vault cherche à positionner le stockage par gravité comme une option d’infrastructure régionale, et pas seulement comme une technologie de démonstration de niche. Les pays cités dans la source incluent notamment le Zimbabwe, le Mozambique, l’Angola, le Botswana, la Tanzanie et la Zambie.
Cette ambition soulève des questions évidentes. Le stockage par gravité reste bien moins établi que les batteries lithium-ion, et les marchés du stockage de longue durée évoluent encore en matière d’appels d’offres, de bancabilité et de planification des systèmes. Mais les services publics recherchent de plus en plus des solutions de stockage capables de faire davantage qu’un simple équilibrage de courte durée. Si Eskom accepte d’évaluer la technologie à l’échelle du réseau, cela constitue à lui seul un point de validation notable pour le secteur.
Ce qu’il faut surveiller ensuite
L’accord ne signifie pas que le déploiement régional complet est garanti. Le point de référence immédiat est l’installation proposée de 25 MW / 100 MWh à Hendrina. L’avancement de ce projet, son financement et ses performances façonneront la perception des perspectives du stockage par gravité dans la région.
Malgré cela, l’annonce marque une étape importante. Elle place le stockage d’énergie par gravité dans une conversation sur les services publics généralement dominée par les batteries, l’hydroélectricité de pompage et les options thermiques. Pour Eskom, cela représente une autre voie pour renforcer la flexibilité du réseau. Pour Energy Vault, c’est l’occasion de prouver que le stockage de longue durée basé sur la gravité peut passer du stade de concept à une planification sérieuse des services publics dans l’un des environnements de transition énergétique les plus importants au monde.
Cet article s’appuie sur un reportage de PV Magazine. Lire l’article original.
Originally published on pv-magazine.com



