Le mix électrique de la Californie évolue plus vite que son parc gazier
Le système électrique californien a franchi un cap notable au début de 2026. Selon l’Energy Information Administration des États-Unis, la production solaire à grande échelle dans le périmètre du California Independent System Operator a dépassé la production au gaz naturel au cours des cinq premiers mois de l’année. Ce changement ne s’est pas produit parce que les centrales à gaz ont disparu. Il est survenu parce que la production solaire a bondi, que la capacité de batteries s’est rapidement accrue et que les importations depuis les systèmes voisins ont, elles aussi, augmenté en même temps.
Le chiffre phare est frappant. De janvier à mai, la production solaire à grande échelle dans le CAISO a augmenté de 21% par rapport à la même période en 2024, tandis que la production au gaz naturel a chuté de 60%, a indiqué l’EIA. Au jour le jour, la production solaire à grande échelle a généré plus d’électricité que le gaz naturel pendant 82% des jours des cinq premiers mois de 2026. En 2024 et 2025, cette proportion n’était que de 21%.
Cette évolution est importante parce qu’elle montre un réseau en transition, passant d’un système où le solaire contribuait surtout autour de midi à un système où il peut dépasser une source thermique historiquement dominante durant la majorité des journées. Elle rappelle aussi que l’évolution du mix de production n’est pas portée par une seule technologie, mais par l’interaction entre nouvelles capacités, stockage, transmission et échanges régionaux.
Les ajouts de capacité modifient l’équilibre opérationnel
Entre avril 2024 et avril 2026, la capacité solaire à grande échelle du CAISO a progressé de 19% pour atteindre 25 gigawatts, selon l’EIA. La capacité de stockage par batteries a augmenté encore plus vite, en hausse de 79% à 16 gigawatts. Sur la même période, la capacité au gaz naturel est restée presque inchangée à 29 gigawatts. La capacité nette totale du système a augmenté de 14%, soit 11 gigawatts.
Ces chiffres aident à expliquer pourquoi les profils de production peuvent changer rapidement même sans forte diminution de la capacité gaz. Le gaz reste une ressource installée importante sur le système, mais les ajouts de solaire et de batteries modifient le moment où ce gaz est nécessaire et la fréquence à laquelle il fonctionne. Les batteries ne produisent pas d’électricité par elles-mêmes, mais elles peuvent déplacer l’énergie solaire vers les heures où la demande reste élevée et où la production solaire baisse, réduisant ainsi le besoin de production au gaz qui comblerait autrement ces creux.
Les chiffres de l’EIA pointent vers un marché qui ne se contente pas d’ajouter des renouvelables en marge. Il commence à remodeler le rôle opérationnel des centrales conventionnelles. Une baisse de 60% de la production au gaz, associée à une capacité gaz stable, suggère que l’histoire se joue désormais du côté de l’utilisation, et pas seulement des ressources installées.
Cette distinction compte pour la politique énergétique et la conception des marchés. La capacité indique aux régulateurs ce qui peut fonctionner. La production indique ce qui fonctionne réellement. En Californie cette année, la réponse a de plus en plus favorisé le solaire, soutenu par le stockage et les importations.
Les importations jouent un rôle majeur
La transition n’est pas seulement une histoire interne à la Californie. L’EIA a indiqué que, malgré la hausse de la production solaire et des batteries et une augmentation de la demande de 7%, le CAISO a enregistré une baisse de 19% de la production nette, car les importations d’électricité depuis les systèmes voisins ont doublé. Cela signifie qu’une partie de la baisse de la consommation de gaz de l’État est rendue possible par l’accès à une énergie externe disponible à des prix compétitifs.
Selon l’agence, la hausse des importations a été tirée par l’arrivée en service de production électrique relativement bon marché, devenue disponible pour être acheminée vers le CAISO. Une part importante de cette énergie importée provenait de sources renouvelables. Les importations hydroélectriques du Nord-Ouest du Pacifique ont augmenté à mesure que les conditions de sécheresse s’y amélioraient. Par ailleurs, le CAISO a commencé à importer de l’électricité du nouveau projet éolien SunZia au Nouveau-Mexique à partir d’avril.
Ce détail est essentiel, car il complique les récits simplistes de substitution locale. La Californie ne remplace pas seulement le gaz par du solaire produit sur place. Elle participe de plus en plus à un réseau occidental plus large, où les nouveaux parcs éoliens, l’amélioration des conditions hydroélectriques et les interconnexions de transport influencent l’énergie la moins chère et la plus disponible à une heure donnée.
L’intégration régionale peut réduire les émissions et les coûts, mais elle signifie aussi que le profil opérationnel de la Californie dépend davantage d’infrastructures et de conditions au-delà de ses frontières. La même interdépendance qui aide à faire baisser la production au gaz lors de périodes favorables pourrait avoir un effet différent en cas de sécheresse, de canicule ou de contraintes de transport.
L’arrivée de SunZia se voit déjà dans les chiffres
L’un des exemples les plus nets de cet effet régional grandissant est SunZia. Le projet de 3,65 gigawatts est présenté par l’EIA comme le plus grand parc éolien des États-Unis. Il a commencé à livrer de l’électricité dans une phase de test en avril et doit démarrer son exploitation commerciale ce mois-ci. L’agence a indiqué que la majeure partie de l’électricité du projet sera exportée vers l’Arizona et le sud de la Californie.
Les premières livraisons apparaissent déjà dans le mix de production du CAISO. Le 15 mai 2026, l’opérateur du réseau a signalé 7 122 mégawatts de production éolienne horaire, soit 20% de plus que le précédent record annuel de 5 922 mégawatts établi en 2024, selon l’EIA. Si un seul record ne définit pas à lui seul une tendance de long terme, il montre à quelle vitesse un grand projet renouvelable éloigné peut modifier les schémas d’approvisionnement dès lors que des voies de transport sont disponibles.
Ce record laisse aussi entrevoir la phase suivante de la transition du réseau occidental. Pendant des années, le récit des renouvelables en Californie a été dominé par le solaire. Mais l’éolien importé peut compléter la production solaire en arrivant à d’autres heures et dans d’autres conditions météorologiques, surtout lorsqu’il est associé au stockage. Cette diversité peut réduire la dépendance au gaz plus efficacement que le solaire seul.
Ce que ce jalon signifie, et ce qu’il ne signifie pas
Les données du début de 2026 marquent un jalon opérationnel important, mais pas la fin de l’ère du gaz en Californie. La capacité au gaz naturel reste importante, et les chiffres de l’EIA ne suggèrent pas que le gaz soit devenu sans importance. Ils montrent plutôt que le gaz est de plus en plus relégué à un rôle d’équilibrage et de fiabilité à mesure que les ressources renouvelables et de stockage gagnent des parts de marché.
Cela a des implications concrètes pour les planificateurs du réseau. Un système fortement doté en solaire, en grandes batteries et en importations croissantes peut moins recourir au gaz, mais il a toujours besoin de capacité ferme pour les heures difficiles et les conditions inhabituelles. En même temps, chaque réduction de la production au gaz modifie les émissions, la consommation de carburant et l’économie des centrales, ce qui peut se répercuter sur les décisions d’investissement et les règles du marché.
Ce qui ressort le plus des chiffres actuels est la vitesse du changement. En seulement deux ans, la Californie est passée d’un solaire battant le gaz environ un jour sur cinq à un solaire le battant plus de quatre jours sur cinq durant les cinq premiers mois de l’année. Les ajouts de capacité, le renforcement des importations liées au réseau de transport et un meilleur accès à l’énergie renouvelable extérieure ont convergé pour produire un changement mesurable dans le fonctionnement réel du réseau.
Pour le reste du pays, la Californie reste un cas d’école. Son expérience montre que la croissance rapide du solaire et du stockage peut réduire de façon significative la production au gaz, mais aussi que les échanges régionaux d’électricité et l’électricité propre importée peuvent être tout aussi importants que les nouveaux moyens construits sur place. Le réseau de demain pourrait être plus propre non seulement parce qu’il sera plus renouvelable, mais aussi parce qu’il sera plus interconnecté.
Cet article est basé sur un reportage de Utility Dive. Lire l’article original.
Originally published on utilitydive.com


