Des scientifiques avertissent qu’un angle mort se forme en mer
Les coupes de financement de l’Ocean Observatories Initiative, ou OOI, devraient retirer la majeure partie d’un réseau de mouillages de capteurs océaniques que les scientifiques jugent devenu crucial pour suivre les changements climatiques et océaniques dans le Pacifique et l’Atlantique. Des chercheurs interrogés par New Scientist estiment que ce recul nuira au suivi d’El Niño, réduira la qualité des prévisions météorologiques et affaiblira les efforts visant à observer les changements de l’Atlantic Meridional Overturning Circulation, ou AMOC.
L’OOI se compose de cinq réseaux de mouillages au large des côtes ouest et est des États-Unis ainsi qu’à proximité du Groenland. En 2023, la National Science Foundation américaine a décrit le programme comme nécessaire pour surveiller les « organes vitaux de la Terre » et a annoncé un financement de 220 millions de dollars. Mais le mois dernier, selon le rapport, la NSF a indiqué que les réseaux seraient en grande partie retirés de l’eau à la suite des coupes budgétaires décidées par l’administration Trump.
Ce que le réseau a déjà accompli
L’article appuie l’alerte sur des exemples concrets. En 2013 et 2014, alors que le courant-jet se déplaçait vers le nord, une masse d’eau anormalement chaude connue sous le nom de « the blob » s’est répandue sur une vaste partie du nord du Pacifique. Des instruments de l’OOI mouillés au large de l’Alaska, de Washington et de l’Oregon ont alerté les scientifiques et l’industrie de la pêche de l’arrivée d’une eau allant jusqu’à 4 degrés Celsius au-dessus de la normale.
Pendant la phase El Niño de 2015 et 2016, des capteurs fixés aux câbles de mouillage de l’OOI ont montré que « the blob » s’étendait vers les grandes profondeurs, sous les 250 mètres. Ces données ont aidé à démontrer que l’événement avait alimenté des proliférations d’algues toxiques qui ont interrompu pendant toute la saison la pêche californienne au crabe dormeur, d’une valeur de 60 millions de dollars.
Ces exemples importent car ils montrent la valeur du réseau non seulement pour la science climatique académique, mais aussi pour la planification commerciale et la gestion des risques régionaux. Le changement océanique n’est pas une question abstraite du futur lorsque les pêcheries, les schémas de sécheresse et les écosystèmes marins sont touchés en temps réel.
Pourquoi le retrait compte maintenant
La perte de la plupart des mouillages de l’OOI survient à un moment où les scientifiques surveillent déjà un El Niño imminent et continuent d’évaluer la stabilité de la circulation atlantique. La source indique que les coupes réduiront la précision des prévisions météorologiques, notamment des régimes de précipitations liés à la sécheresse dans l’ouest des États-Unis. Elles entraveront aussi la surveillance d’un éventuel affaiblissement de l’AMOC, un système qui contribue à maintenir un climat tempéré en Europe.
Cette combinaison d’effets rend la décision exceptionnellement lourde de conséquences. Les mouillages ne produisent pas seulement des données environnementales d’archive. Ils alimentent les prévisions et aident à interpréter des conditions qui changent rapidement et peuvent influencer les pêcheries, la planification de l’eau et l’activité économique régionale.
L’économie de la réduction de l’observation
L’un des arguments les plus solides de l’article est financier plutôt que purement scientifique. L’OOI coûte environ 56 millions de dollars par an à exploiter. À l’inverse, l’industrie américaine de la pêche commerciale génère des milliards de dollars chaque année, et les catastrophes météorologiques et climatiques ont causé 183 milliards de dollars de dommages en 2024, selon le dernier bilan fédéral avant que le gouvernement n’arrête de le tenir à jour en 2025.
John Abraham, de l’Université de St. Thomas, a résumé la question sans détour dans l’article : « Nous volons à l’aveugle, et cela finira par nous coûter plus cher. » Cela résume l’arbitrage politique central. Les programmes d’observation peuvent paraître coûteux dans les documents budgétaires, mais le coût de ne pas voir clairement de grands changements océaniques peut être plus élevé lorsque les communautés et les industries disposent de moins de temps pour se préparer.
Une capacité climatique difficile à reconstruire
Les systèmes d’observation océanique présentent aussi une vulnérabilité pratique : une fois retirés, l’expertise, les rythmes de maintenance et la continuité des données sont difficiles à rétablir. Une lacune dans des mesures de longue durée peut réduire la valeur des ensembles de données futurs, car les tendances deviennent plus difficiles à comparer dans le temps.
C’est particulièrement important pour des phénomènes comme la variabilité de l’AMOC et les épisodes de chaleur marine, où de longues séries sont souvent nécessaires pour distinguer le bruit de fond d’un changement structurel. Réduire le réseau maintenant risque de faire perdre bien plus que du matériel dans l’eau. Cela risque d’interrompre la continuité nécessaire pour comprendre si l’océan entre dans un nouveau régime.
- La NSF a indiqué que la plupart des mouillages de l’OOI seront retirés après les coupes de financement.
- Les scientifiques disent que cette décision affaiblira le suivi d’El Niño, des épisodes de chaleur marine et des évolutions de l’AMOC.
- Les données de l’OOI ont auparavant aidé à suivre « the blob » dans le Pacifique et les proliférations d’algues nocives associées.
- Les chercheurs estiment que les économies pourraient être annulées par les dégâts causés aux prévisions et à la planification des ressources.
L’avertissement des scientifiques n’est donc pas seulement qu’il y aura moins de données collectées. C’est aussi que les États-Unis pourraient perdre une capacité d’alerte précoce stratégiquement importante au moment où les risques climatiques et météorologiques liés à l’océan prennent une importance économique et politique croissante.
Cet article s’appuie sur le reportage de New Scientist. Lire l’article original.
Originally published on newscientist.com
