Un El Niño qui s’intensifie rapidement hausse les enjeux pour les deux prochaines années
Une nouvelle prévision mise en avant par Berkeley Earth suggère que l’El Niño actuellement en développement dans le Pacifique tropical pourrait devenir l’événement le plus puissant observé en quelque 150 ans de mesures. Selon l’analyse citée dans le rapport source, 90 % des simulations de 14 modèles de prévision projettent des anomalies de température de surface de la mer dans le Pacifique tropical qui dépasseraient tout ce qui a été mesuré dans le relevé moderne.
La prévision indique une anomalie maximale de 3,6 degrés Celsius au-dessus de la moyenne, bien au-delà du précédent record de 2,75 degrés Celsius pendant l’El Niño de 2015-16. Si cette projection se confirme, il ne s’agirait pas d’un record marginal. Ce serait une valeur atypique, dépassant l’ancien sommet de manière spectaculaire et signalant une perturbation exceptionnellement puissante dans l’un des systèmes climatiques les plus importants de la planète.
Cela compte parce qu’El Niño n’est pas seulement un schéma océanique. C’est un amplificateur climatique mondial. Lorsque les alizés faiblissent sous les tropiques, l’eau chaude accumulée dans le Pacifique occidental se déplace vers l’est. Les régimes de précipitations suivent cette chaleur, les vents s’affaiblissent encore davantage, et une boucle de rétroaction auto-entretenue se met en place. Le résultat est une poussée de chaleur supplémentaire superposée au réchauffement mondial de long terme, avec des conséquences susceptibles de se répercuter sur les précipitations, les sécheresses, les tempêtes, l’agriculture et les extrêmes de chaleur dans le monde entier.
Pourquoi les scientifiques surveillent de près la vitesse d’évolution
L’ampleur de la prévision n’est qu’une partie de l’inquiétude. La vitesse de l’événement actuel en est une autre. Le rapport source indique que les températures de surface de la mer dans le centre-est du Pacifique ont déjà atteint 2,1 degrés Celsius au-dessus de la moyenne. C’est nettement au-dessus de la hausse de 1,6 degré observée au même stade de l’année pendant l’El Niño de 1997-98, qui avait servi de référence pour un développement particulièrement rapide.
En pratique, l’événement semble avoir atteint de manière inhabituelle le territoire d’un El Niño très fort, voire « super ». Comme les épisodes El Niño culminent généralement plus tard dans l’année, le rythme actuel laisse penser que le système atmosphère-océan dispose peut-être encore d’une marge pour s’intensifier avant d’atteindre un maximum à la fin de l’automne ou en hiver.
L’analyse de Berkeley Earth décrit ce départ comme un « démarrage explosif ». Cette formulation est importante car les El Niño puissants n’ajoutent pas simplement de la chaleur de façon uniforme. Ils peuvent remodeler les régimes météorologiques d’une manière difficile à absorber pour les sociétés et les infrastructures. Certaines régions peuvent connaître des pluies plus fortes et des inondations, tandis que d’autres peuvent basculer vers la sécheresse et un risque accru d’incendies de forêt. Le texte source mentionne explicitement des liens avec des pluies extrêmes en Asie du Sud, soulignant à quelle vitesse les risques régionaux peuvent devenir aigus lorsque les conditions du Pacifique atteignent de tels niveaux.
Un choc de court terme sur fond de réchauffement de long terme
Le contexte climatique sous-jacent rend cette prévision particulièrement lourde de conséquences. Le rapport source indique qu’El Niño ajoute une poussée de chaleur au-dessus d’environ 1,4 degré Celsius de réchauffement mondial déjà présent dans le système. Cela signifie que l’événement n’agit pas sur un climat de fond stable. Il accentue une base déjà historiquement élevée.
Berkeley Earth s’attend à ce que les températures mondiales en 2027 atteignent 1,7 degré Celsius au-dessus de la moyenne préindustrielle, ce qui dépasserait le précédent record établi en 2024 à 1,5 degré Celsius au-dessus de cette même référence. Le rapport indique aussi qu’il existe une possibilité que 2026 remette d’abord ce record en jeu, car l’El Niño actuel prend de la vitesse très rapidement.
Ces chiffres comptent bien au-delà des classements annuels des années les plus chaudes. Ils façonnent la manière dont les gouvernements, les services publics, les systèmes de santé et les planificateurs agricoles évaluent les risques à court terme. Un monde temporairement poussé plus haut par un puissant El Niño fait face à des vagues de chaleur plus intenses, à une pression accrue sur les systèmes d’eau et à une probabilité plus élevée que des régions déjà vulnérables subissent des chocs climatiques simultanés.
Le rapport indique aussi que la moyenne mondiale de température sur 20 ans devrait dépasser 1,5 degré Celsius d’ici environ un an. Cela ne signifie pas qu’un seul El Niño « provoque » à lui seul le franchissement du seuil à long terme. Mais cela montre comment la variabilité naturelle peut accélérer le calendrier sur lequel le réchauffement devient visible dans les indicateurs mondiaux qui font la une.
Ce que cette prévision dit, et ne dit pas
Le matériau source présente un signal de prévision fort, mais il s’agit toujours d’une prévision et non d’une observation du pic final. Les indications des modèles peuvent se resserrer ou évoluer au fil de la saison. Même ainsi, le poids des projections décrites dans le rapport est remarquable : il ne s’agit pas d’un scénario dans lequel seules quelques simulations extrêmes appellent une issue hors norme. La projection médiane elle-même dépasserait, selon le rapport, l’ancien record de 0,8 degré Celsius.
Cette distinction aide à comprendre pourquoi la prévision a retenu l’attention. Les scientifiques travaillent régulièrement avec l’incertitude, mais ils décrivent rarement une projection climatique comme véritablement choquante. Dans ce cas, l’attente centrale elle-même est extraordinaire, et pas seulement l’extrémité de la distribution.
Le rapport n’essaie pas non plus de trancher toutes les conséquences régionales. Les impacts d’El Niño varient selon la géographie, la saison et l’interaction avec d’autres moteurs climatiques. Ce qu’il établit, en revanche, c’est que la configuration océan-atmosphère actuellement en cours est inhabituellement intense, inhabituellement rapide et susceptible d’influencer les températures mondiales dans les mois à venir.
La portée plus large
Si l’événement se déroule comme prévu, cet El Niño deviendra pendant des années un point de repère dans la science du climat et les débats de politique publique. Il illustrerait comment la variabilité naturelle peut amplifier les effets du réchauffement causé par l’homme, non pas en théorie, mais sous la forme de températures records et d’un risque météorologique accru dans un laps de temps très court.
Pour les chercheurs, l’événement est un test de la qualité des prévisions et de l’attribution climatique. Pour les décideurs, c’est un test de résistance pour des systèmes censés gérer la chaleur, l’eau, les cultures, les pertes assurantielles et la réponse aux catastrophes. Et pour le grand public, c’est un rappel que le système climatique peut évoluer par sauts autant que par tendances.
Les prochains mois diront si cet El Niño « Godzilla » annoncé atteint les niveaux désormais projetés. Mais même avant son pic, le signal venu du Pacifique est déjà assez fort pour remodeler les attentes pour le reste de 2026 et pour 2027.
Cet article s’appuie sur un reportage de New Scientist. Lire l’article original.
Originally published on newscientist.com


