La COVID-19 grave pourrait réveiller des virus dormants et aggraver les dommages à long terme
Une vaste étude suivant des adultes hospitalisés pour la COVID-19 renforce une inquiétude qui plane sur la pandémie depuis des années : le virus ne fonctionnerait peut-être pas seul. Les chercheurs ont suivi pendant un an 1 154 adultes hospitalisés pour des cas de COVID-19 de gravité variable et ont constaté qu’une infection sévère par le SARS-CoV-2 pouvait réactiver des virus déjà dormants dans l’organisme, notamment le virus d’Epstein-Barr, le cytomégalovirus, le virus de l’herpès simplex et les anellovirus.
Les résultats, publiés le 5 août dans Nature et résumés par Live Science, suggèrent qu’une partie des dommages associés à la COVID-19 grave et au COVID long pourrait provenir d’une cascade plus large de dérèglement immunitaire. Plutôt qu’une seule infection produisant un seul ensemble d’effets en aval, la COVID-19 grave pourrait créer des conditions dans lesquelles des virus latents recommencent à se répliquer, ce qui pourrait accentuer l’inflammation et compliquer la guérison.
Cette idée est importante parce que beaucoup des virus identifiés dans l’étude sont extrêmement courants. Le virus d’Epstein-Barr est bien connu comme cause de la mononucléose, mais il reste souvent dans l’organisme à vie après l’infection. Le cytomégalovirus et le virus de l’herpès simplex persistent eux aussi fréquemment à l’état latent. Les anellovirus sont encore plus répandus et se retrouvent chez la grande majorité des personnes, même s’il n’a pas été démontré de manière définitive qu’ils causent des maladies humaines.
Ce qu’ont trouvé les chercheurs
Les chercheurs ont prélevé des échantillons de sang et des écouvillons nasaux chez les participants, ainsi que du liquide pulmonaire chez les patients ayant nécessité une ventilation mécanique. En suivant les patients pendant un an, ils ont pu comparer les schémas de réactivation virale avec les résultats de santé ultérieurs, plutôt que de ne capter qu’un instantané pendant la phase aiguë de la maladie.
L’étude a révélé que près de la moitié des patients hospitalisés pour la COVID-19 avaient connu la réactivation d’au moins un virus dormant. À elle seule, cette observation constitue un signal notable de stress immunitaire. On sait depuis longtemps qu’une maladie virale sévère peut déstabiliser le contrôle immunitaire, mais l’ampleur de cette étude donne plus de poids au phénomène, d’autant qu’elle incluait des patients présentant différents niveaux de gravité et qu’elle les a suivis bien au-delà de leur sortie de l’hôpital.
Le résultat le plus frappant concernait les anellovirus. Bien que ces virus soient courants et mal compris, les chercheurs ont relié leur réactivation à l’incapacité physique persistante associée au COVID long. Cela ne signifie pas que l’étude ait démontré que les anellovirus causent directement une incapacité. Mais elle les désigne comme un marqueur biologique potentiellement important, et peut-être comme un facteur contributif, dans la convalescence longue et inégale à laquelle sont confrontés certains patients après une infection grave.
Anna Cliffe, professeure associée à l’Université de Virginie qui n’a pas participé à l’étude, a déclaré à Live Science que celle-ci faisait partie des plus vastes et des plus rigoureuses de ce type. Selon elle, les résultats soutiennent un modèle selon lequel la COVID-19 grave réveille des virus dormants et ces infections réactivées peuvent s’ajouter à l’inflammation qui aggrave la maladie.
Pourquoi les virus latents comptent
Les virus latents sont une caractéristique fondamentale de la biologie humaine. De nombreuses infections ne quittent pas complètement le corps après la disparition des symptômes. Elles persistent silencieusement, généralement maintenues sous contrôle par le système immunitaire. Les problèmes surviennent lorsque ce contrôle faiblit. Une maladie grave, une immunosuppression et un important stress inflammatoire peuvent tous créer des occasions pour ces agents pathogènes de réapparaître.
Dans le cas de la COVID-19, cette possibilité suscite un intérêt soutenu, car le COVID long ne se manifeste pas de la même manière chez tous les patients. Certaines personnes souffrent surtout de fatigue et d’une baisse de la capacité à l’effort. D’autres présentent des symptômes neurologiques, des anomalies immunitaires ou des effets durables sur les organes. Si la réactivation de virus latents fait partie du tableau, cela pourrait aider à expliquer pourquoi les trajectoires de rétablissement varient autant et pourquoi certains patients restent diminués longtemps après la disparition de l’infection initiale.
L’étude ne tranche pas cette question. Elle renforce toutefois l’idée que les cliniciens et les chercheurs devraient regarder au-delà du SARS-CoV-2 lorsqu’ils tentent de comprendre l’incapacité prolongée après une hospitalisation. Une personne qui se remet d’une COVID-19 grave peut aussi faire face aux effets biologiques d’autres virus remis en activité.
Implications pour le traitement et la recherche
L’une des conséquences pratiques de l’étude est qu’elle pourrait orienter l’attention vers un suivi plus systématique de la réactivation virale chez les patients atteints de COVID-19 grave. Si les médecins peuvent identifier quels virus dormants se sont réactivés et à quel moment, ils pourraient mieux prévoir qui risque le plus de connaître des problèmes de rétablissement prolongé.
Les résultats soulèvent également de nouvelles questions thérapeutiques. La coautrice de l’étude, Esther Melamed, a déclaré à Live Science que si les résultats concernant les anellovirus se confirmaient, il serait plus urgent de mieux comprendre ces virus et de développer des antiviraux contre eux. C’est une affirmation importante, car les anellovirus sont restés en grande partie en marge du développement pharmaceutique traditionnel, notamment parce qu’ils n’ont pas été clairement reliés à une maladie humaine.
Avant tout changement de traitement, une réplication des résultats sera essentielle. Les chercheurs devront déterminer si l’association entre la réactivation des anellovirus et l’incapacité physique se vérifie dans d’autres groupes de patients et si la réactivation provoque des dommages, reflète simplement un dysfonctionnement immunitaire, ou les deux. Ils devront aussi tester si des interventions antivirales, si elles sont disponibles, améliorent réellement les résultats.
Même avec ces incertitudes, l’étude donne à la recherche sur le COVID long une piste biologique plus précise. Le débat public autour du COVID long a souvent été dominé par les symptômes, l’expérience des patients et de vastes hypothèses sur l’inflammation ou l’auto-immunité. Ces éléments restent importants, mais ce travail ajoute une dimension virale mesurable, que l’on peut suivre et tester.
Une vision plus large de la convalescence post-COVID
La leçon plus large est que la COVID-19 grave peut laisser une empreinte biologique plus complexe que ne le laisserait penser une simple infection respiratoire aiguë. Chez les patients hospitalisés, en particulier ceux qui présentent la maladie la plus grave, la guérison peut dépendre non seulement de l’élimination du SARS-CoV-2, mais aussi de la manière dont le système immunitaire reprend le contrôle d’autres virus restés longtemps dormants.
Cette idée pourrait influencer la manière dont les chercheurs conçoivent les études de suivi, la façon dont les hôpitaux surveillent les survivants d’infections graves et la manière dont les responsables de santé publique envisagent le fardeau durable de la COVID-19. La phase d’urgence aiguë de la pandémie est peut-être passée, mais la science de ses effets à long terme continue d’évoluer. Des études comme celle-ci montrent que les répercussions peuvent impliquer une activité virale cachée chez le patient autant que le virus initial qui l’a conduit à l’hôpital.
- L’étude a suivi pendant un an 1 154 adultes hospitalisés pour la COVID-19.
- Près de la moitié ont connu la réactivation d’au moins un virus dormant.
- La réactivation des anellovirus a été liée à l’incapacité physique persistante associée au COVID long.
Cet article est basé sur le reportage de Live Science. Lire l’article original.
Originally published on livescience.com


