Les lancements de services de covoiturage ont été suivis de changements économiques mesurables dans les zones métropolitaines américaines

Les services de covoiturage soutiennent depuis longtemps qu’ils font plus que déplacer des passagers d’un endroit à un autre. Des sociétés comme Uber et Lyft se sont présentées comme des moteurs de flexibilité, de commodité et d’activité économique locale. Une nouvelle étude évaluée par les pairs, mise en avant par Carnegie Mellon University et Oxford Saïd Business School, apporte un soutien empirique à une partie de cet argument, en montrant que lorsque les entreprises de réseau de transport sont entrées dans des zones métropolitaines américaines, le PIB régional par habitant a eu tendance à augmenter et le travail intermittent est devenu plus courant.

L’étude a examiné le déploiement progressif des services de covoiturage dans 167 zones métropolitaines entre 2010 et 2019. Cette séquence a offert aux chercheurs une expérience naturelle utile. Plutôt que de comparer seulement les lieux disposant de services de covoiturage à ceux qui n’en avaient pas, l’équipe a pu analyser les conditions économiques avant et après l’entrée, tout en tenant compte des différences régionales et du fait que l’adoption des plateformes n’a pas eu lieu partout en même temps.

Selon le texte source, les chercheurs ont combiné des données publiques sur la main-d’œuvre et l’économie avec des méthodes modernes de différences en différences, conçues pour des politiques ou des changements qui se déploient dans le temps. Le résultat a offert un regard plus clair sur la manière dont l’arrivée des plateformes coïncidait avec des évolutions dans les économies locales. Deux tendances se sont distinguées. Premièrement, le PIB par habitant a augmenté après l’entrée des services de covoiturage dans une région. Deuxièmement, le nombre d’emplois saisonniers, temporaires ou intermittents a également augmenté.

Ces résultats sont importants parce qu’ils renvoient à un type précis de changement sur le marché du travail, et non à un boom généralisé de l’emploi. Les chercheurs n’ont pas trouvé d’effets statistiquement significatifs sur l’emploi global ni sur les salaires. En d’autres termes, les données suggèrent que le covoiturage a davantage modifié la composition et l’organisation du travail que le nombre total d’emplois ou l’environnement salarial général.

La flexibilité semble s’être accrue, mais avec des limites

L’augmentation du travail intermittent est centrale pour les implications de l’étude. Les plateformes de covoiturage se sont souvent décrites comme offrant des possibilités de revenus flexibles, en particulier pour les personnes à la recherche d’un travail à temps partiel, saisonnier ou irrégulier. Les chercheurs ont trouvé des éléments compatibles avec cette affirmation. Après l’entrée sur le marché, davantage de travailleurs apparaissaient dans des catégories associées à des formes d’emploi instables ou flexibles.

Cela ne signifie pas automatiquement que la qualité de l’emploi s’est améliorée. Le travail intermittent peut être attrayant pour certains travailleurs parce qu’il offre un contrôle de l’horaire ou un revenu complémentaire. Il peut aussi refléter une plus grande précarité, moins de protections et des gains moins prévisibles. L’étude, telle qu’elle est résumée dans le texte fourni, ne permet pas de conclure simplement que le covoiturage a uniformément renforcé les conditions de travail. Elle indique plutôt que les plateformes ont contribué à développer un mode de travail qui correspond au modèle plus large de l’économie des petits boulots : plus flexible dans le temps, mais pas nécessairement plus sûr.

Jeremy Michalek, professeur d’ingénierie et de politique publique ainsi que de génie mécanique, a déclaré que les données corroborent certaines des affirmations de longue date d’Uber et de Lyft, en particulier sur l’emploi intermittent et la production économique dans les villes où elles se sont lancées. Ce cadrage est important. La recherche ne semble pas valider toutes les promesses associées à l’expansion des plateformes. Elle met en évidence des gains mesurables en production et en travail lié à la flexibilité, tout en laissant ouvertes des questions plus difficiles sur la croissance des salaires, la stabilité de l’emploi et les normes du travail à long terme.

Pourquoi le PIB peut augmenter sans hausse du nombre total d’emplois

L’augmentation apparente du PIB par habitant sans hausse correspondante de l’emploi global suggère que le covoiturage peut améliorer la coordination économique d’une manière qui n’apparaît pas dans le seul décompte des emplois. Une mobilité urbaine plus fiable peut faciliter l’accès des travailleurs à leurs emplois, celui des consommateurs aux entreprises, et permettre aux entreprises de relier leurs services à la demande sur davantage d’heures de la journée. Si les frictions de transport diminuent, l’activité économique locale peut devenir plus efficace.

Cette interprétation s’accorde avec l’hypothèse générale de l’étude. Les services de covoiturage ne sont pas seulement des produits de transport ; ce sont des plateformes numériques qui modifient le fonctionnement des villes. Une meilleure mobilité à la demande peut soutenir la vie nocturne, l’hôtellerie, l’accès aux aéroports, le travail de nuit et d’autres activités qui dépendent d’une fiabilité de transport en dehors des horaires traditionnels des transports publics. Même des améliorations modestes sur de nombreuses transactions pourraient se traduire par une production par personne plus élevée.

En même temps, l’absence d’effets salariaux significatifs invite à ne pas surestimer ce que les plateformes ont accompli. Une activité économique plus importante ne se traduit pas nécessairement par un meilleur pouvoir de négociation pour les travailleurs ni par une meilleure rémunération dans une région. Une partie des gains peut provenir de la commodité, d’une réduction du temps d’inactivité ou de nouvelles formes de mise en relation entre offre et demande, plutôt que d’améliorations généralisées du revenu du travail.

Un signal plus large sur l’économie des plateformes

Les résultats vont au-delà d’Uber et de Lyft. Ils offrent une fenêtre sur la manière dont les plateformes numériques peuvent remodeler les économies régionales même lorsque leur main-d’œuvre directe ne représente qu’une partie d’un marché du travail plus vaste. L’accent mis par l’étude sur les catégories d’emploi instables s’inscrit aussi dans les débats en cours sur la question de savoir si les plateformes de petits boulots créent principalement des opportunités, réorganisent le travail existant ou accélèrent une évolution vers un emploi plus contingent.

Pour les décideurs publics, ces résultats compliquent un débat binaire qui présente souvent le covoiturage soit comme un bien civique, soit comme un problème de travail. Les éléments résumés ici suggèrent que les deux effets peuvent coexister. Les plateformes peuvent contribuer à la production économique et accroître la flexibilité du travail, tout en renforçant la dépendance à des formes d’emploi intermittentes. Cela signifie que la question politique n’est pas tant de savoir si le covoiturage a un impact économique, mais plutôt comment les villes veulent encadrer cet impact.

Pour les économistes des transports et les urbanistes, l’étude renforce aussi l’idée que les systèmes de mobilité peuvent avoir des conséquences macroéconomiques. Les changements dans la manière dont les gens se déplacent dans les villes peuvent se répercuter sur la productivité, les habitudes de consommation et la structure du marché du travail. En ce sens, le covoiturage s’inscrit dans une histoire plus large sur la manière dont une infrastructure médiée par logiciel transforme le comportement économique local.

L’étude a été publiée dans Nature Cities, selon le texte source fourni, ce qui donne plus de poids aux résultats dans des débats souvent alimentés par les récits des entreprises ou des preuves anecdotiques. Bien que le résumé disponible ici ne fournisse pas de tailles d’effet ni de détails par sous-groupes, les résultats directionnels à eux seuls sont susceptibles d’alimenter les controverses en cours sur la régulation des plateformes, la classification des travailleurs et la valeur économique des réseaux de transport fondés sur des applications.

Après des années de débat pour savoir si le covoiturage avait simplement remplacé les taxis ou avait réellement créé de la valeur nouvelle, cette recherche apporte une réponse plus précise. Dans les zones métropolitaines américaines étudiées, l’arrivée d’Uber et de Lyft a été suivie d’un PIB par habitant plus élevé et d’un travail plus intermittent. Ce n’est pas une approbation générale de l’économie des petits boulots, mais c’est la preuve que les plateformes ont modifié les économies locales de manière mesurable.

Cet article est basé sur un reportage de Phys.org. Lire l’article original.

Originally published on phys.org