Un textile cultivé à partir d’un champignon, et non tissé à partir de fibres

Des chercheurs ont créé un textile à base du champignon Cordyceps militaris qui peut être conçu pour acquérir des fonctions supplémentaires telles que l’autoréparation, l’imperméabilité, la coloration et la protection contre les ultraviolets. Le travail, tel que décrit dans le texte source fourni, ouvre la voie à un autre modèle de matériaux avancés : des tissus qui ne sont pas simplement fabriqués puis finis, mais construits biologiquement puis ajustés grâce à des composants microbiens vivants.

Le résultat n’est pas un tissu conventionnel au sens habituel. Il est décrit comme plus dense et moins fibreux que le coton, plus proche d’une feuille non tissée souple ou d’un matériau flexible, semblable au cuir. Cette distinction compte parce qu’une grande partie de la nouveauté ici tient autant à la structure qu’à la composition. Au lieu de filer des fils et de les tisser en étoffe, les chercheurs ont utilisé le champignon lui-même comme matériau de construction, laissant son architecture biologique former une feuille continue.

Pour les industries qui cherchent des alternatives aux matières synthétiques dérivées du pétrole et aux procédés de finition lourdement chimiques, c’est une proposition intrigante. Elle suggère la possibilité de matériaux dont les propriétés fondamentales naissent de la croissance et de l’organisation biologique, plutôt que de couches de revêtements ajoutées sur des substrats inertes après coup.

Comment le matériau est fabriqué

L’équipe de recherche, dirigée par Ke Li à l’Académie chinoise des sciences, a commencé avec le champignon sous forme de petits granulés sphériques cultivés en culture liquide. Après lavage, ces granulés ont été placés dans des moules, où la matière fongique a formé une feuille. La structure provient des hyphes, les fins filaments qui composent les corps fongiques. Selon le texte source, les chercheurs n’ont pas eu recours à un support textile conventionnel, à un treillis polymère ni à une armature externe. Ce sont les granulés fongiques eux-mêmes qui ont servi d’éléments de base, et les hyphes entremêlés ont créé un matériau autoportant.

Cet aspect sans armature est important. Beaucoup de matériaux biosourcés dépendent encore de supports synthétiques ou d’architectures hybrides qui limitent leur biodégradabilité ou leur intégration biologique. Dans ce cas, le texte source indique que la structure fongique porte le matériau par elle-même, ce qui renforce l’idée que ce textile constitue une véritable plateforme biologique plutôt qu’un remplacement partiel dans un composite conventionnel.

Un défi pratique était la fragilité. Les structures fongiques peuvent être naturellement rigides, ce qui n’est pas idéal pour un matériau portable. Pour y remédier, les chercheurs ont trempé le textile dans de la glycérine, qui agit comme plastifiant et rend la feuille plus souple et plus flexible. Cette étape montre l’équilibre que le domaine doit encore trouver entre nouveauté biologique et performance utile. Un matériau peut être durable et programmable en principe, mais il doit aussi se plier, bouger et résister à la manipulation s’il veut compter au-delà du laboratoire.

Les propriétés programmables sont l’enjeu profond

L’image accrocheuse d’une robe faite de champignons vivants est séduisante, mais la partie la plus importante du travail est le concept de plateforme qui la sous-tend. Les chercheurs ont montré que le matériau fongique de base pouvait être modifié avec différents microbes pour changer ce que le textile fait. Autrement dit, l’étoffe n’est pas seulement faite de biologie. Elle peut aussi être mise à jour fonctionnellement par la biologie.

Pour la couleur, l’équipe a introduit des cellules de levure modifiées qui produisent des pigments orange, bleus et violets. Cela signifie que la couleur peut être générée biologiquement plutôt qu’appliquée par des teintures synthétiques classiques. Dans une chaîne d’approvisionnement textile conventionnelle, la teinture est souvent l’une des étapes les plus gourmandes en produits chimiques et en eau. Un matériau coloré biologiquement ne résoudrait pas automatiquement ces contraintes industrielles, mais il suggère une voie alternative qui intègre la coloration à la plateforme matérielle elle-même.

La même logique s’applique aux fonctions protectrices. Le texte source indique que les chercheurs ont modifié le comportement du textile en ajoutant d’autres champignons, y compris des modifications qui ont rendu le matériau capable de repousser les gouttelettes d’eau. Pour la protection contre les UV, ils ont utilisé Aspergillus niger, une moisissure couramment présente sur les fruits et légumes. Elle a formé une couche de surface sombre contenant de la mélanine, un pigment qui absorbe les rayonnements ultraviolets. Ces exemples comptent parce qu’ils montrent un textile qui agit moins comme une marchandise statique que comme un hôte de fonctions modulaires.

Si cette approche passe à l’échelle, de futurs matériaux pourraient être conçus autour de paniers de fonctions biologiques : une version axée sur la résistance aux intempéries, une autre sur la protection solaire, une autre sur l’apparence, et potentiellement d’autres orientées vers la réparation ou la réponse à l’environnement. Le tissu deviendrait une plateforme de capacités, et non un simple substrat passif.

Pourquoi l’autoréparation et la biodégradabilité attirent l’attention

Le texte source présente ce textile comme capable de s’autoréparer en cas de dommage, et ce concept est au cœur de l’intérêt scientifique croissant pour les matériaux vivants. Aujourd’hui, les vêtements et les matériaux souples sont généralement pris dans un modèle binaire : durables mais synthétiques, ou biodégradables mais limités en performance et en durée de vie. Un textile vivant laisse entrevoir une troisième voie, où un matériau pourrait se maintenir lui-même, s’adapter à son environnement et rester biodégradable en fin de vie.

Cette perspective n’est pas anodine. L’autoréparation dans l’habillement pourrait, en principe, prolonger la durée de vie des produits et réduire les déchets, l’un des problèmes environnementaux les plus persistants de la mode. La biodégradabilité compte pour la même raison. Les systèmes textiles fondés sur des synthétiques dérivés du pétrole peuvent persister bien après leur usage, tandis que de nombreux revêtements de performance et traitements de finition compliquent encore davantage leur élimination. Un matériau cultivé à partir de structures fongiques et enrichi de composants microbiens pointe vers un cycle de vie fondamentalement différent.

Il reste des questions pratiques auxquelles le texte fourni ne répond pas, notamment la durabilité à l’usage répété, la stabilité à long terme, le coût de fabrication à grande échelle et la manière dont un tel matériau serait entretenu hors de conditions contrôlées. Mais l’importance du travail ne dépend pas d’une commercialisation immédiate. Sa valeur tient au fait de montrer que les textiles vivants peuvent être à la fois structurellement viables et fonctionnellement modulables.

De la curiosité vestimentaire à la plateforme de matériaux

Il est facile de traiter une robe fongique comme une curiosité, surtout avec le bagage culturel entourant Cordyceps dans des œuvres de fiction comme The Last of Us. Mais cette recherche pointe vers quelque chose de plus sérieux qu’un simple spectacle de biomatériaux. Elle suggère que les textiles de demain pourraient être cultivés à partir de matière biologique auto-organisée, assouplis par un traitement relativement simple et dotés de propriétés spécialisées grâce à des partenaires microbiens soigneusement choisis.

Cela rend ce travail pertinent bien au-delà de la mode. Des feuilles biologiques flexibles à hydrophobicité réglable, pigmentation et résistance aux UV pourraient intéresser la recherche sur l’emballage, les intérieurs, la technologie portable et les matériaux de protection. L’idée générale est que la fabrication biologique n’a pas à se limiter à remplacer une matière première par une autre. Elle peut aussi changer la logique de conception des matériaux eux-mêmes.

Pour l’instant, le textile fongique est à considérer comme une démonstration de recherche précoce mais significative. Il montre qu’un matériau de type vêtement peut émerger de granulés fongiques sans armature conventionnelle, et que cette base vivante peut être programmée avec des traits supplémentaires. Dans un domaine en quête d’alternatives crédibles aux textiles gourmands en ressources, c’est une avancée substantielle. Le résultat le plus important n’est peut-être pas une seule robe, mais un nouveau cadre pour comprendre comment les matériaux souples sont cultivés, personnalisés puis finalement éliminés.

Cet article s’appuie sur un reportage de New Scientist. Lire l’article original.

Originally published on newscientist.com