La Suède esquisse un plan Gripen en deux volets pour l’Ukraine

La Suède affirme que l’Ukraine a accepté de commander jusqu’à 20 chasseurs Saab Gripen E/F et qu’elle recevra également un don de 16 appareils Gripen C/D plus anciens en provenance de Stockholm. Cette annonce constitue l’un des plans de puissance aérienne à long terme les plus concrets jamais présentés pour l’Ukraine, en combinant une future acquisition d’appareils plus récents avec un transfert à plus court terme de modèles plus anciens.

Selon le rapport fourni, Kiev prévoit d’allouer 2,5 milliards d’euros du prêt de soutien à l’Ukraine de l’Union européenne pour financer le lot Gripen E/F. La Suède a ajouté que, lorsque l’Ukraine procédera à l’achat envisagé, elle entend aussi donner les 16 chasseurs Gripen C/D à titre d’assistance bilatérale. Le lot comprendrait également des munitions avancées, pouvant inclure des missiles air-air IRIS-T, AMRAAM et Meteor.

Pourquoi cette annonce compte

L’importance de cette mesure tient à la fois au calendrier et à sa structure. L’Ukraine a passé la guerre à rechercher non seulement des appareils de remplacement, mais aussi une voie durable vers une force aérienne modernisée. Les dons de systèmes hérités peuvent aider à combler des lacunes opérationnelles immédiates, mais ils ne définissent pas, à eux seuls, une architecture de force à long terme. Le plan suédois fait les deux. Il associe des appareils pouvant être mis en service plus rapidement à une voie d’acquisition orientée vers les capacités futures.

Le Gripen occupe depuis longtemps une place particulière dans les débats sur les avions de combat occidentaux les mieux adaptés aux besoins de l’Ukraine. Des analystes de défense ont soutenu que cette plateforme convient particulièrement à un pays confronté à des menaces de missiles constantes et ayant besoin d’opérations flexibles depuis des sites dispersés. Le rapport fourni note qu’une évaluation du RUSI en 2022 décrivait l’appareil comme le candidat occidental le plus adapté à ces exigences.

Cette réputation tient en partie au modèle d’exploitation de l’armée de l’air suédoise, qui met l’accent sur des bases dispersées et des tactiques de supériorité aérienne à basse altitude. Ces concepts correspondent étroitement au besoin de l’Ukraine de maintenir la survivabilité de ses appareils sous la menace tout en conservant une pertinence opérationnelle au quotidien. En pratique, le débat sur le Gripen a souvent porté moins sur le prestige que sur l’adéquation opérationnelle.

Une décision retardée se précise

Le projet de don de Gripen C/D fait l’objet de discussions depuis plusieurs années. Il a d’abord été retardé jusqu’à l’entrée de la Suède dans l’OTAN, puis de nouveau après que des alliés ont demandé à Stockholm d’attendre pendant que l’Ukraine intégrait d’abord les F-16 donnés. Cette séquence reflète un défi récurrent dans les transferts d’avions en temps de guerre : la logique opérationnelle dépend non seulement de la qualité de la plateforme, mais aussi de la capacité de formation, de la logistique, de la maintenance et de l’aptitude du destinataire à absorber de nouveaux systèmes sans surcharger ses forces.

La dernière annonce suggère que ces contraintes ont suffisamment évolué pour permettre à la Suède d’avancer. Le ministre de la Défense, Pal Jonson, a déclaré que les livraisons devraient commencer au début de l’année prochaine, ce qui donne au lot un calendrier plus précis que beaucoup de discussions précédentes sur les transferts de chasseurs.

L’inclusion de missiles compte également. Les avions seuls ne déterminent pas la valeur au combat. Les munitions air-air façonnent la portée d’engagement, la flexibilité tactique et la capacité à s’intégrer dans des opérations plus larges de défense aérienne et de contre-air offensive. En liant le lot d’avions à des munitions avancées, la Suède présente le transfert comme un ensemble de capacités, et non comme un simple don symbolique de matériel.

Une importance durable pour l’Ukraine et l’Europe

L’annonce reflète aussi une tendance plus large de la défense européenne : le soutien à l’Ukraine est de plus en plus structuré autour de la construction de forces, et pas seulement du réapprovisionnement d’urgence. Le financement via le mécanisme de prêt de l’UE et le mélange prévu d’avions achetés et donnés montrent un glissement vers des programmes conçus pour durer au-delà des cycles immédiats du champ de bataille.

Pour l’Ukraine, la valeur à plus long terme pourrait être institutionnelle. Une flotte future comprenant des Gripen E/F exigerait des filières de formation, des systèmes de maintien en condition, l’intégration des armements et le développement d’une doctrine, autant d’éléments pouvant ancrer un effort de modernisation de l’armée de l’air après la guerre ou dans une guerre longue. Même les dons de C/D plus anciens pourraient servir non seulement aux besoins de combat, mais aussi de porte d’entrée vers cet écosystème plus large.

Pour la Suède et Saab, cette décision comporte aussi des implications industrielles et stratégiques. Elle renforcerait le rôle du Gripen dans la sécurité européenne et rattacherait davantage l’appareil à l’une des missions de défense déterminantes du continent. En ce sens, il ne s’agit pas seulement d’armer l’Ukraine. Il s’agit aussi d’inscrire le Gripen dans la future carte européenne de l’aviation de combat.

De nombreuses questions de mise en œuvre demeurent, notamment les calendriers de formation, les besoins en infrastructures et la manière dont les nouveaux appareils cohabiteraient avec le mélange croissant de systèmes occidentaux en Ukraine. Mais le message politique et stratégique est plus clair qu’auparavant. La Suède n’envisage plus simplement l’idée d’un soutien en Gripen. Elle a décrit une voie combinant une aide immédiate et un plan d’acquisition de chasseurs à long terme.

Cela en fait bien plus qu’un énième titre sur un don. C’est une étape concrète vers la construction d’une armée de l’air ukrainienne moderne sur des bases européennes.

Cet article est basé sur une couverture de Breaking Defense. Lire l’article original.

Originally published on breakingdefense.com