La recherche française de frappes souveraines à longue portée se précise
Safran et MBDA disent avoir tiré avec succès une munition d’artillerie à roquettes développée conjointement et pouvoir commencer à livrer un nouveau système français de frappe terrestre à longue portée en 2029 s’ils sont retenus par les forces armées. Cette annonce donne un élan supplémentaire à l’effort de la France pour remplacer son parc vieillissant de Lance-Roquettes Unitaire par un successeur contrôlé nationalement.
Les entreprises ont indiqué que la première munition Thundart destinée au programme français Long-Range Land Strike a été tirée sur le champ de tir de l’Île du Levant, en Méditerranée, le 14 avril. La roquette sol-sol revendique actuellement une portée de 150 kilomètres, les sociétés envisageant aussi des développements à plus longue portée.
Ce calendrier compte, car la mise à jour de la planification de défense française prévoit de remplacer neuf systèmes LRU existants par au moins 13 nouveaux systèmes d’artillerie à roquettes en 2030. Safran et MBDA affirment pouvoir tenir ce calendrier, et Safran a déclaré à Defense News que des systèmes opérationnels pourraient être fournis dès 2029 si l’autorité française d’acquisition le demande.
Pourquoi ce programme compte maintenant
L’urgence vient des enseignements tirés des guerres récentes. Les frappes à longue portée ont refait surface comme capacité centrale dans les conflits de haute intensité, et les armées européennes réévaluent des stocks réduits après des années consacrées à l’engagement expéditionnaire. La ministre française des Armées Catherine Vautrin a qualifié le successeur du LRU de priorité et de capacité « indispensable » pour l’Armée de terre.
La France étudie plusieurs options. Outre l’offre Safran-MBDA, des alternatives nationales incluent une proposition Thales-ArianeGroup, tandis que des systèmes étrangers sur étagère sont également examinés. Vautrin a dit vouloir une comparaison claire de l’efficacité, du prix et de la vitesse de livraison, y compris face à des systèmes asiatiques.
Cela signifie que la compétition n’est pas seulement technique. Elle est industrielle et stratégique. Les gouvernements européens veulent de plus en plus que des armes critiques soient disponibles sans restrictions à l’exportation ni risques de dépendance susceptibles de limiter la liberté d’action. Safran a indiqué que Thundart est entièrement conçu et produit en France et n’est pas soumis à l’International Traffic in Arms Regulations américain, un point probablement destiné directement à ce débat sur la souveraineté.
Densité industrielle et arbitrages stratégiques
Les entreprises ont indiqué qu’environ 100 employés des deux sociétés travaillent sur le système et qu’elles envisagent une coentreprise pour poursuivre le développement, y compris de roquettes à plus longue portée. Cela suggère des ambitions qui dépassent une simple commande ponctuelle. Un lanceur national réussi pourrait servir de base à un tissu industriel français plus large pour l’artillerie à roquettes, les munitions et les futures évolutions.
Dans le même temps, le développement souverain concurrence généralement des systèmes déjà en production ailleurs. Les forces européennes ont acheté le système Chunmoo de la Corée du Sud, tandis que d’autres options éprouvées incluent le PULS israélien. Acheter sur étagère peut réduire le risque de calendrier, mais cela peut aussi limiter le contrôle industriel local et l’autonomie à long terme.
La proposition Thundart est donc évaluée sur plusieurs fronts à la fois. Peut-elle fournir la capacité que la France veut dans le délai dont la France a besoin ? Peut-elle le faire à un coût acceptable ? Et un système souverain peut-il se justifier face à des alternatives matures déjà disponibles à l’étranger ?
Le premier tir d’essai ne répond pas à ces questions, mais il fait passer le programme du stade conceptuel à celui d’un matériel démontrable. En matière d’acquisition, c’est significatif. Les programmes fondés sur une nécessité stratégique affichée doivent encore prouver que l’ingénierie et la fabrication sont bien réelles.
Pour la France, les enjeux dépassent le simple remplacement de neuf lanceurs vieillissants. Le pays cherche à définir le type de posture industrielle de défense qu’il souhaite à l’ère du réarmement européen renouvelé. Un système de frappe à longue portée produit en France s’inscrirait dans la dynamique plus large de résilience nationale et continentale dans les technologies militaires clés.
Si Safran et MBDA parviennent à maintenir la crédibilité du calendrier et le progrès technique, Thundart pourrait devenir plus qu’un test de munition. Il pourrait devenir un marqueur de la volonté française de reconstruire une puissance de feu souveraine plutôt que de l’importer.
Cet article est basé sur un reportage de Defense News. Lire l’article original.
Originally published on defensenews.com
