Un test d’autonomie modulaire pour l’aviation militaire

Northrop Grumman affirme avoir démontré un nouveau niveau de flexibilité dans l’autonomie aérienne en passant d’un système d’IA à un autre alors qu’un appareil était déjà en vol. L’entreprise a mené ce travail sur sa plateforme d’essai Talon IQ, un programme auparavant connu sous le nom de Beacon, en utilisant un Scaled Composites Vanguard Model 437 modifié et configuré pour un vol éventuellement autonome.

Selon Northrop et ses partenaires, les récents tests ont montré que des logiciels provenant de plusieurs entreprises pouvaient se relayer pour contrôler le même appareil sans interrompre une exploitation sûre. Northrop a cité Shield AI, Accelint et Applied Intuition parmi les participants aux démonstrations. Lors d’un test mené en mars, Northrop a indiqué que son système d’autonomie Prism avait cédé le contrôle total à Hivemind, de Shield AI, après le décollage. Lors d’un vol ultérieur en avril, Prism est resté responsable de la mission globale tout en confiant le contrôle à Applied Intuition et à Accelint pour des capacités spécifiques.

Pourquoi ce transfert est important

L’affirmation centrale des entreprises n’est pas seulement que l’IA a piloté l’appareil, mais que différents modules d’IA pouvaient être échangés au cours d’une mission. Northrop a décrit la technologie qui rend cela possible comme une architecture ouverte, modulaire et en couches, qui sépare les fonctions de base du contrôle de vol de l’autonomie de mission de niveau supérieur. Cette distinction est importante. La couche de contrôle de vol prend en charge le travail effectué en quelques fractions de seconde pour maintenir l’appareil stable, tandis que le logiciel de mission détermine ce que l’appareil doit faire, où il doit aller, à quelle vitesse il doit voler et comment il doit se comporter dans un scénario donné.

Cette architecture pourrait faciliter les essais, la comparaison et le déploiement de logiciels d’autonomie provenant de plusieurs fournisseurs sur une plateforme commune. Plutôt que de réécrire l’ensemble d’une pile de contrôle pour chaque cellule, les développeurs pourraient se concentrer sur les comportements de mission et les capacités spécialisées. Northrop a présenté cette approche comme un moyen d’intégrer soit des outils étroits pour une tâche précise, soit des systèmes plus larges capables de prendre en charge de plus grandes parties d’une mission.

Ce que les tests ont inclus

Northrop a indiqué que le dernier vol constituait son huitième test Talon IQ. Lors de la démonstration avec Applied Intuition et Accelint, Prism aurait délégué des fonctions telles qu’un comportement de patrouille aérienne de combat tout en conservant la supervision de la mission plus large. Lors du test précédent avec Shield AI, Hivemind a pris le contrôle une fois l’appareil en l’air et a exécuté des manœuvres comprenant une patrouille aérienne de combat et des manœuvres simulées d’engagement de cible avant de rendre le contrôle.

Ces détails suggèrent que l’entreprise cherche à démontrer deux points liés à la fois: que l’autonomie peut être portable d’un système à l’autre, et que le commandement peut être partagé entre plusieurs modules d’autonomie selon les besoins d’une mission. Pour les planificateurs militaires, l’intérêt est évident. Un même appareil pourrait potentiellement héberger différents cerveaux de mission pour la surveillance, la patrouille ou les flux de combat sans nécessiter une nouvelle plateforme pour chaque concept.

Et ensuite

Ces tests ne prouvent pas à eux seuls que l’aviation de combat autonome est prête pour un déploiement opérationnel, mais ils montrent la direction que prend l’industrie. L’accent ne porte plus sur une entreprise qui construirait une pile d’IA fermée pour un seul appareil. À la place, les sous-traitants poussent un modèle d’écosystème dans lequel l’autonomie ressemble davantage à une infrastructure logicielle, avec de la place pour plusieurs fournisseurs et une itération rapide.

Si ce modèle tient lors d’essais plus exigeants, il pourrait remodeler la manière dont le Pentagone achète et modernise les systèmes autonomes. Une architecture d’appareil modulaire permettrait aux opérateurs de changer plus rapidement de comportements, de comparer plus directement les fournisseurs et d’éviter de lier les missions à un seul prestataire logiciel. Pour l’instant, Talon IQ reste une plateforme d’essai. Mais les derniers vols de Northrop laissent entrevoir un avenir dans lequel la cellule militaire la plus précieuse sera celle qui peut accueillir de nombreux systèmes de décision différents, et pas seulement un seul.

Cet article s’appuie sur un reportage de Breaking Defense. Lire l’article original.

Originally published on breakingdefense.com