Le Pentagone veut plus d’argent pour un chasseur qui peine encore à rester prêt

Le Pentagone demande 13,7 milliards de dollars supplémentaires pour le soutien du F-35 entre l’exercice 2026 et l’exercice 2031, alors que les taux de disponibilité du Joint Strike Fighter continuent de se dégrader, selon un nouveau rapport du Government Accountability Office (GAO) relayé par Breaking Defense. Le document met en évidence une contradiction persistante au cœur du programme : le F-35 reste l’un des plus importants efforts d’aviation de combat des États-Unis, mais les services qui le pilotent ont encore du mal à maintenir suffisamment d’appareils pleinement aptes à remplir leur mission.

La GAO a constaté que le taux de pleine capacité de mission du F-35, c’est-à-dire la mesure permettant de savoir si un avion peut exécuter toutes les missions qui lui sont assignées, est passé de 38 % en exercice 2021 à 25 % en exercice 2025. Son taux plus large de capacité de mission, soit la capacité de l’appareil à accomplir au moins une tâche désignée, a reculé de 67 % à 44 % sur la même période. Une partie du déclin est liée aux retards entourant Technology Refresh 3, la mise à niveau dont les problèmes avaient auparavant gelé les livraisons, mais l’organisme de contrôle précise que le défi de disponibilité va bien au-delà d’un seul goulot d’étranglement.

Le plan de remise à niveau est vaste, mais la GAO voit plusieurs risques

Pour répondre à cette tendance, le Joint Program Office du F-35 a lancé ce qu’il appelle un Global Support Solution Reset. Les milliards supplémentaires que le Pentagone demande maintenant sont destinés à soutenir cet effort, mais la GAO estime que plusieurs risques pourraient encore empêcher le plan d’atteindre ses objectifs de disponibilité. Le premier est simple : les services qui exploitent l’appareil doivent absorber le coût.

Selon l’organisme de contrôle, l’Air Force a indiqué à la GAO qu’elle pourrait probablement assumer les coûts liés à la remise à niveau de sa flotte de F-35A. La Navy et le Marine Corps étaient moins certains. Des responsables de ces services ont déclaré que des priorités concurrentes pourraient limiter le financement qu’ils peuvent consacrer au soutien du F-35. C’est important, car l’accessibilité financière n’est pas un problème secondaire dans ce programme. C’est un problème structurel. Même avec des crédits antérieurs du Congrès, des responsables du Joint Program Office ont indiqué à la GAO que des lacunes de financement subsistaient pour le soutien.

La GAO a également constaté que les coûts d’exploitation annuels prévus au milieu des années 2030, lorsque la flotte devrait atteindre un état plus stable à long terme, ont augmenté par rapport aux estimations précédentes pour la plupart des variantes. Cela reflète en partie des attentes de plus grand nombre d’heures de vol. Mais l’implication plus large est que le problème des coûts ne s’estompe pas à mesure que la flotte mûrit. Il accompagne l’avion jusque dans ses supposées années de stabilité.

Plus d’argent ne résoudra peut-être pas les goulets d’étranglement industriels

Même si le Congrès et les services fournissent l’argent, la GAO estime que la base industrielle pourrait encore avoir du mal à livrer ce dont la flotte a besoin. Breaking Defense a mis en avant le canopy du F-35 comme exemple d’un goulet d’étranglement récurrent ayant nui aux taux de capacité de mission. Le moteur F135 de l’appareil reste lui aussi au cœur du défi de soutien, avec des besoins de production et de maintenance qui pèsent sur une chaîne d’approvisionnement déjà complexe.

Un F-35A Lightning II affecté à l’équipe de démonstration F-35A Lightning II se produit au Capitol Air Show au-dessus de Sacramento, en Californie, le 15 juillet 2024. (Photo de l’US Air Force par le Staff Sgt. Zachary Rufus)
Un F-35A Lightning II affecté à l’équipe de démonstration F-35A Lightning II se produit au Capitol Air Show au-dessus de Sacramento, en Californie, le 15 juillet 2024. (Photo de l’US Air Force par le Staff Sgt. Zachary Rufus)

C’est l’une des raisons pour lesquelles le débat sur le F-35 est passé des gros titres sur les acquisitions à un réalisme du soutien. Construire des avions de pointe n’est qu’une partie de l’équation. Si les pièces détachées, la capacité des dépôts, les cycles de réparation et le débit des fournisseurs ne suivent pas, la disponibilité restera en retard, quelle que soit la sophistication de la plateforme. Le rapport de la GAO souligne que le programme F-35 n’est plus jugé principalement à l’aune du nombre d’appareils livrés, mais à celle du nombre d’appareils utilisables au moment voulu.

Cette distinction est particulièrement importante pour un programme partagé par l’Air Force, la Navy et le Marine Corps, et central dans la planification des alliés. Une faible disponibilité sur une plateforme largement déployée crée des effets en cascade sur les calendriers de formation, la disponibilité des forces, les budgets et la crédibilité à long terme.

L’avertissement plus large de l’organisme de contrôle

L’évaluation de la GAO ne suggère pas que le Pentagone se détourne du F-35. Au contraire, la hausse demandée pour le soutien montre à quel point l’appareil reste central. Mais le rapport rappelle que l’importance stratégique ne produit pas automatiquement une fiabilité opérationnelle. Le programme doit encore résoudre les questions d’accessibilité financière et de soutien industriel à grande échelle.

Les conclusions de l’organisme de contrôle comptent aussi parce qu’elles inscrivent les problèmes actuels dans une fenêtre budgétaire plus longue. Le plan de remise à niveau s’étend jusqu’en 2031, tandis que les estimations de coûts augmentent vers les années 2030. Cela signifie que les décideurs n’ont pas affaire à une facture de réparation à court terme. Ils affrontent la possibilité que le programme de chasseur le plus avancé au monde nécessite une structure de soutien plus coûteuse et plus fragile que prévu.

Pour le Pentagone, la prochaine phase sera mesurée moins par la rhétorique que par des avions prêts à décoller. Si les 13,7 milliards de dollars supplémentaires ne permettent pas un redressement durable de la disponibilité, les critiques du F-35 auront un argument plus solide selon lequel la plus grande vulnérabilité du programme n’est plus le développement. C’est le soutien.

Cet article est basé sur un reportage de Breaking Defense. Lire l’article original.

Originally published on breakingdefense.com