Les plateformes sociales et vidéo ont pris l’avantage sur les sites des éditeurs et la télévision pour l’accès à l’information

Un nouveau jeu de chiffres sur les audiences indique un changement structurel dans la manière dont les gens rencontrent le journalisme. Selon le Reuters Institute Digital News Report cité dans le matériau source, 54% des personnes obtiennent désormais des informations via les réseaux sociaux et les réseaux vidéo, devançant légèrement la télévision à 52% et les sites des éditeurs à 51%.

Ce basculement est significatif non pas parce qu’il signifie que les médias traditionnels ont disparu, mais parce qu’il change le point de contact entre les publics et l’information. Pour beaucoup, l’actualité n’est plus d’abord quelque chose que l’on va chercher sur une page d’accueil, dans une grille de diffusion ou via un produit éditorial spécifique. C’est quelque chose que l’on croise au sein de fils conçus pour bien d’autres usages.

Le texte source décrit cela comme une étape importante pour l’industrie des médias. Il suggère que la distribution s’éloigne encore davantage des espaces contrôlés par les éditeurs pour se déplacer vers des plateformes où l’information concurrence directement le divertissement, la publicité, les contenus de style de vie et les recommandations algorithmiques. Pour les éditeurs, cela peut signifier une moindre maîtrise directe de la relation avec le public, même lorsque leurs enquêtes continuent de fournir les faits sous-jacents.

La confiance reste faible malgré une demande d’information persistante

Le même rapport souligne aussi une autre tendance, distincte mais liée: la confiance du public dans l’information reste déprimée. La source indique que seulement 37% des personnes déclarent faire confiance à la plupart des informations la plupart du temps, soit le niveau le plus bas depuis que Reuters a commencé à suivre cet indicateur en 2015. Aux États-Unis, le chiffre cité est de 25%.

Le texte source associe ces chiffres à des données de Gallup montrant que la confiance américaine dans les médias de masse s’élevait à 28% en octobre 2025, contre 31% l’année précédente et 40% cinq ans plus tôt. Pris ensemble, ces chiffres décrivent un environnement informationnel dans lequel les gens continuent de consommer des nouvelles mais accordent moins de confiance aux institutions qui les produisent.

Cette combinaison compte. La baisse de confiance ne conduit pas nécessairement au désengagement. Elle peut plutôt modifier le comportement des utilisateurs de manière plus subtile: les gens s’appuient davantage sur les titres, les résumés, les personnalités ou les publications natives de la plateforme, tout en devenant moins fidèles à un média en particulier. Pour les rédactions, cela crée un environnement opérationnel difficile. Leur travail peut continuer à circuler largement tandis que leur autorité de marque s’érode ou devient moins visible au moment même où les audiences consomment l’information.

L’ère des plateformes n’est pas celle des rédactions

L’une des distinctions les plus utiles du matériau source est celle entre voir l’information et choisir l’information. Les plateformes sociales et vidéo sont des systèmes de distribution très efficaces, mais une grande partie de la consommation d’information qu’elles génèrent semble incidente plutôt qu’intentionnelle. Les données Reuters citées dans l’article identifient un groupe en croissance, désormais 12% des personnes, qui ne reçoivent l’information qu’en tombant dessus sur les plateformes sociales alors qu’ils s’y trouvent pour autre chose. Cette part est décrite comme deux fois plus élevée qu’en 2020.

Il s’agit d’un changement significatif dans le comportement des audiences. Lorsque les gens rencontrent des articles au milieu d’un flux plus large, le contexte environnant est différent de celui du site ou du programme propre à un éditeur. Un contenu d’actualité peut apparaître aux côtés de publicités produits, de clips de créateurs, de mèmes et de commentaires sans rapport. L’attention qu’il reçoit peut être brève, fragmentée ou façonnée par ce que la plateforme met en avant ensuite.

Cela ne veut pas dire que l’information n’a aucune valeur. Cela signifie que l’environnement dans lequel elle est consommée change la nature de la relation entre le lecteur et l’éditeur. Une personne peut être informée par le travail d’un média sans se souvenir de qui l’a produit, sans cliquer pour lire l’article complet, ou sans développer de fidélité durable à la rédaction qui se trouve derrière.

Le texte source soutient que cette dynamique peut donner l’impression que les marques médias s’effacent à l’arrière-plan. Il avance aussi la possibilité que les systèmes d’intelligence artificielle accentuent ce phénomène en transformant les contenus des éditeurs en matière première pour des résumés et des réponses recomposées.

L’IA ajoute une seconde couche de pression

Le rapport source indique que 10% des personnes consomment désormais l’information via des chatbots d’IA, contre 7% un an plus tôt. Cela reste une part plus faible que les réseaux sociaux, la télévision ou les sites des éditeurs, mais le rythme de croissance est notable. Il suggère que l’accès à l’information médié par l’IA passe d’un comportement marginal à un comportement plus visible.

Du point de vue des éditeurs, cette tendance est différente de la distribution par plateforme, mais proche dans ses effets. Sur un réseau social, le travail d’un éditeur peut être découpé, extrait ou reformulé dans un fil. Dans un chatbot d’IA, le même travail peut être synthétisé avec des informations provenant de plusieurs sources en une seule réponse. Dans les deux cas, le public peut recevoir l’information essentielle tandis que l’habillage éditorial d’origine devient moins central.

Le texte source évoque la possibilité que les éditeurs fonctionnent de plus en plus comme des grossistes de l’information. Dans ce modèle, le produit le plus durable n’est pas l’article comme expérience de destination, mais le reportage sous-jacent: les faits, les citations, le contexte et les observations que d’autres systèmes peuvent extraire et recombiner. Reste à savoir si cela deviendra le modèle dominant, mais cette inquiétude repose sur des évolutions mesurables de la distribution et de la découverte.

Ce que les chiffres disent, et ne disent pas

Les données du matériau source ne montrent pas que les marques d’éditeurs ne comptent plus. En réalité, l’argument de l’article est plus nuancé. La consommation en surface peut migrer vers les plateformes, mais cela n’efface pas automatiquement l’importance de la crédibilité des rédactions, de la capacité d’enquête ou de la production originale d’informations. Ce que cela montre, en revanche, c’est que l’expérience de l’actualité par le public devient de plus en plus détachée des lieux où le journalisme est produit.

Cette distinction est importante pour comprendre le paysage médiatique actuel. Si les gens voient davantage d’informations sur les plateformes sociales et vidéo, alors la voie vers l’attention du public change. Si la confiance reste faible, alors capter l’attention n’est pas la même chose que gagner la confiance. Et si l’usage de l’IA pour l’information continue de croître, les éditeurs pourraient subir une pression encore plus forte pour démontrer pourquoi l’engagement direct avec leurs reportages reste essentiel.

Les chiffres cités dans la source décrivent un marché en transition, non un résultat stabilisé. L’information n’a pas disparu de la vie publique. Elle est plutôt absorbée par des systèmes de distribution plus larges, plus bruyants et moins contrôlés par les organisations qui la produisent. Pour les entreprises de médias, cela soulève des questions difficiles sur les modèles économiques, la marque et la confiance. Pour les lecteurs, cela pose une question plus simple mais tout aussi importante: non seulement voient-ils l’information, mais savent-ils encore qui les informe?

Cet article s’appuie sur un reportage de Fast Company. Lire l’article original.

Originally published on fastcompany.com