Une découverte négative a ravivé l’une des questions les plus persistantes de la recherche sur les psychédéliques

Le cerveau des mammifères produit-il naturellement du DMT ? Une étude récemment discutée a remis cette question sous les projecteurs après avoir signalé de faibles indices de DMT endogène dans le cerveau de rats. Loin de clore le débat, le résultat l’a durci, car il contredit des travaux antérieurs qui suggéraient que le cerveau du rat pouvait synthétiser et libérer ce composé psychédélique.

Le DMT, ou N,N-diméthyltryptamine, occupe une place singulière à la fois dans la science et dans la culture. C’est un psychédélique puissant, mais il fait aussi l’objet d’une hypothèse ancienne selon laquelle les cerveaux pourraient le produire naturellement, peut-être d’une manière pertinente pour la conscience, les rêves ou des états physiologiques extrêmes. Cette spéculation plus large a souvent devancé les preuves. La nouvelle étude rappelle que même la question biologique la plus élémentaire, à savoir si le DMT est présent et retenu de manière significative dans les cerveaux de mammifères, reste non résolue.

Ce que la nouvelle étude a trouvé

Mikael Palner, professeur associé à l’Université du Danemark du Sud, et son équipe se sont concentrés sur le cerveau de rats avec une attente précise. Comme le DMT est une tryptamine proche de la sérotonine, les chercheurs ont porté leur attention sur les neurones sérotoninergiques et s’attendaient à trouver des quantités mesurables de DMT endogène, ou des indices montrant que le DMT administré de l’extérieur était stocké dans des structures liées à la sérotonine.

Selon Palner, l’équipe n’a trouvé ni l’un ni l’autre. Il a déclaré qu’ils n’avaient trouvé aucune preuve d’une capture du DMT dans les axones par le transporteur de la sérotonine, ni de son stockage dans les vésicules de sérotonine par le transporteur vésiculaire des monoamines. Le résultat a surpris les chercheurs. Ils avaient tenté de préserver des quantités détectables en bloquant le métabolisme du DMT, car le composé se dégrade rapidement.

L’étude, publiée le mois dernier dans Neuropharmacology, a conclu qu’il existait peu d’éléments en faveur d’un DMT endogène dans le cerveau de rats. Plus précisément, Palner a indiqué que les travaux suggéraient que le DMT n’était ni formé ni retenu dans les terminaisons sérotoninergiques du cerveau de rat.

Pourquoi ce résultat compte

Les résultats négatifs sont faciles à négliger, mais dans ce cas, leurs implications sont importantes. Une étude influente de 2019 menée par Dean et ses collègues a rapporté que le cerveau du rat est capable de synthétiser et de libérer du DMT, avec une production endogène observée dans plusieurs régions cérébrales, notamment le cortex visuel. Cette étude a contribué à maintenir l’idée que le DMT pourrait jouer un rôle endogène dans la neurobiologie des mammifères et a soulevé la possibilité qu’un phénomène similaire existe chez l’être humain.

Si l’étude de Palner est juste, au moins une partie de cette interprétation devra peut-être être resserrée ou reconsidérée. Le fait de ne pas détecter le DMT là où les chercheurs s’attendaient à le trouver ne prouve pas que le composé est absent partout et dans toutes les conditions, mais cela affaiblit les affirmations assurées selon lesquelles l’affaire est déjà établie. Cela suggère que la biologie pourrait être plus limitée, plus transitoire ou plus dépendante de la méthode que ne le laissaient entendre certaines interprétations antérieures.

Le débat a aussi basculé vers les méthodes

Le nouveau résultat a suscité l’examen de scientifiques associés au précédent dossier favorable. Steven Barker, professeur émérite à la Louisiana State University et co-auteur de l’étude de 2019, a déclaré avoir des questions au sujet du nouvel article. L’article note que, s’il a jugé acceptables les données sur l’évolution temporelle et la distribution ou l’élimination du DMT administré, il a également relevé des problèmes que les auteurs eux-mêmes ont reconnus dans la façon dont d’autres expériences ont été menées.

Cette réaction illustre l’état actuel du domaine. Le désaccord ne porte pas seulement sur la théorie ; il concerne aussi les méthodes de détection, les cibles biologiques et l’interprétation des mesures négatives par rapport aux mesures positives. Le DMT est connu pour se dégrader rapidement, ce qui en fait une molécule difficile à capturer de manière fiable. Cela signifie que la méthodologie peut fortement façonner ce qu’une étude voit ou ne voit pas.

Pour cette raison, la dernière étude doit être comprise comme un défi important, et non comme un verdict final. Elle va à l’encontre d’un modèle simple selon lequel les terminaisons sérotoninergiques du cerveau de rat formeraient ou stockeraient régulièrement du DMT de manière détectable. Mais elle n’élimine pas à elle seule toutes les voies endogènes possibles, toutes les régions cérébrales ni tous les contextes physiologiques.

Pourquoi cette question a suscité autant d’attention

L’idée de DMT endogène a acquis un poids culturel inhabituel en raison des affirmations qui y sont associées. Le DMT a souvent été évoqué dans des discussions spéculatives sur les rêves, les expériences de mort imminente et les états de conscience modifiés. Ces récits ont alimenté la fascination du public, mais ils augmentent aussi les enjeux de la science sous-jacente. Des preuves fragiles peuvent être surinterprétées rapidement lorsqu’elles semblent soutenir de plus grandes histoires philosophiques.

Le différend actuel montre pourquoi la prudence est nécessaire. L’existence d’une hypothèse convaincante ne garantit pas la solidité des preuves, et l’absence de preuves décisives ne rend pas une hypothèse impossible. Ce dont le domaine a le plus besoin, ce sont des travaux reproductibles et techniquement rigoureux capables de resserrer l’éventail des explications plausibles.

Et maintenant ?

À ce stade, la conclusion la plus défendable est que la question du DMT endogène reste ouverte. La nouvelle étude sur le cerveau de rats s’oppose à une réponse affirmative simple, en particulier dans le cadre sérotoninergique examiné par Palner. Mais comme des travaux antérieurs ont rapporté l’inverse sur des points importants, cette contradiction devra désormais être résolue par de nouvelles expériences plutôt que par des arguments.

Cela peut impliquer de meilleures techniques de détection, des protocoles expérimentaux différents ou une attention accrue à la vitesse à laquelle le DMT est métabolisé et aux endroits où il pourrait apparaître brièvement. Cela pourrait aussi nécessiter une distinction plus précise entre des questions souvent mélangées : le cerveau peut-il synthétiser du DMT du tout, le stocke-t-il ou le libère-t-il en quantités significatives, et une telle activité a-t-elle une importance fonctionnelle ?

Ces affirmations ne sont pas identiques, et le domaine progressera plus vite si on les traite séparément.

Une utile correction d’un récit trop sûr de lui

Même sans trancher la question, le nouvel article remplit une fonction scientifique importante. Il interrompt l’idée selon laquelle le DMT endogène dans le cerveau serait déjà un fait établi. À la place, il ramène la conversation à ce que les données soutiennent actuellement : un tableau contesté, des études contradictoires et des questions méthodologiques non résolues.

Cela peut être frustrant pour ceux qui espèrent une réponse simple, mais c’est aussi ainsi que fonctionne la science lorsque les preuves sont incomplètes. La dernière découverte ne met pas fin à la recherche sur le DMT endogène. En revanche, elle relève le niveau de ce qui comptera comme preuve convaincante.

Cet article s’appuie sur le reportage de refractor.io. Lire l’article original.

Originally published on refractor.io