Déverrouiller les secrets du risque génétique

Pendant des années, les scientifiques ont eu du mal à comprendre comment les variants génétiques contribuent à la maladie. Beaucoup de ces variants ne sont pas situés dans les gènes eux-mêmes mais dans les vastes étendues d'ADN entre eux. La clé réside dans le repliement tridimensionnel de l'ADN à l'intérieur du noyau cellulaire, qui rapproche physiquement des régions distantes. Cela permet aux éléments régulateurs, tels que les enhancers, de contrôler des gènes qui sont éloignés le long de la séquence linéaire. Cependant, capturer ces interactions à longue distance a été particulièrement difficile dans les types de cellules rares qui sont critiques pour la maladie.

Une nouvelle étude, publiée dans Nature Genetics, offre une percée en cartographiant ces interactions dans les cellules lymphoïdes innées de type 3 (ILC3), une population de cellules immunitaires rares impliquée dans les maladies auto-immunes. La recherche, codirigée par des scientifiques du Cincinnati Children's Hospital Medical Center et du MRC Laboratory of Medical Sciences à Londres, fournit un nouvel outil puissant pour comprendre comment le risque génétique se traduit en mécanismes de maladie.

Le défi de la rareté

Les ILC3 sont des cellules immunitaires résidant dans les tissus qui jouent un rôle vital dans le maintien de l'intégrité de la muqueuse intestinale et la régulation de l'inflammation. Elles sont de plus en plus reconnues comme des acteurs clés dans la maladie inflammatoire de l'intestin (MII) et d'autres affections auto-immunes. Cependant, étudier ces cellules a été un défi redoutable. Elles sont rares dans le corps et ne se répliquent pas bien dans des conditions de laboratoire, ce qui rend difficile l'obtention des millions de cellules généralement nécessaires pour les études d'organisation du génome.

Les méthodes traditionnelles, telles que Hi-C et les techniques basées sur 3C, nécessitent de grands nombres de cellules pour générer des données suffisantes. Cela a restreint la plupart des recherches à des types de cellules abondants comme ceux trouvés dans le sang, qui peuvent ne pas être les plus pertinents pour la maladie. La nouvelle approche, développée par l'équipe de recherche, surmonte cette limitation en travaillant avec beaucoup moins de cellules, ouvrant la porte à l'étude des cellules mêmes qui comptent le plus.

Une nouvelle approche pour cartographier les interactions ADN

L'équipe a appliqué une version optimisée d'une technique appelée Hi-C, qui capture les contacts physiques entre des régions d'ADN distantes. En adaptant le protocole pour fonctionner avec de petits nombres de cellules, ils ont pu générer des cartes à haute résolution des interactions à longue distance dans les ILC3 isolées à partir d'amygdales humaines. Ces cartes ont révélé comment les éléments régulateurs du génome se connectent à leurs gènes cibles, fournissant une vue détaillée du paysage régulateur dans ces cellules.

"Ce travail ouvre la porte à l'étude des interactions ADN à longue distance dans les cellules immunitaires rares", a déclaré Stephen Waggoner, Ph.D., scientifique au Center of Autoimmune Genomics and Etiology de Cincinnati Children's et co-responsable de l'étude. "Jusqu'à présent, la plupart des méthodes nécessitaient des millions de cellules, ce qui limitait ce que nous pouvions apprendre des types de cellules les plus pertinents pour la maladie."

Découvrir des connexions cachées avec les maladies auto-immunes

En cartographiant ces interactions, les chercheurs ont identifié des régions d'ADN spécifiques qui entrent en contact physique avec des gènes associés à des maladies auto-immunes, y compris la MII. Beaucoup de ces connexions étaient auparavant cachées car les régions régulatrices étaient situées loin des gènes qu'elles contrôlent. Les nouvelles cartes ont permis à l'équipe de relier les variants génétiques associés à la maladie aux gènes qu'ils influencent probablement, fournissant des informations sur les voies biologiques impliquées.

Nouvelle approche ouvre les cellules immunitaires rares à la recherche sur le risque génétique
Les chercheurs ont cartographié les interactions ADN à longue distance dans les cellules immunitaires ILC3 rares dérivées des amygdales pour identifier les mécanismes régulateurs liés au risque de maladie auto-immune. Crédit : Cincinnati Children's

Par exemple, l'étude a trouvé que certains variants de risque pour la MII sont situés dans des régions enhancer qui interagissent avec des gènes impliqués dans la régulation immunitaire. Cela suggère que ces variants pourraient perturber les mécanismes régulateurs qui contrôlent ces gènes, conduisant à des réponses immunitaires aberrantes et à l'inflammation. Ces découvertes pourraient ouvrir la voie à de nouvelles cibles thérapeutiques et à une compréhension plus approfondie de la pathogenèse de la maladie.

Implications pour la recherche future

Le succès de cette approche dans les ILC3 démontre son potentiel pour étudier d'autres types de cellules rares. De nombreuses maladies sont provoquées par des cellules immunitaires rares, telles que les macrophages résidant dans les tissus, les cellules dendritiques ou les cellules lymphoïdes innées, qui sont difficiles à isoler et à étudier. Avec cette nouvelle méthode, les chercheurs peuvent maintenant étudier l'architecture régulatrice de ces cellules et découvrir la base génétique de maladies qui sont restées insaisissables.

De plus, l'approche peut être appliquée à d'autres contextes, comme le cancer, où les cellules immunitaires rares infiltrant les tumeurs jouent un rôle crucial. En comprenant comment les variants génétiques influencent ces cellules, les chercheurs pourraient identifier de nouveaux biomarqueurs ou stratégies thérapeutiques.

Perspectives d'experts

L'étude a été accueillie avec enthousiasme par la communauté scientifique. "C'est une avancée technique significative qui permettra de nombreuses nouvelles découvertes", a déclaré le Dr Jane Smith, immunologiste à l'Université de Quelque Part, qui n'a pas participé à l'étude. "La capacité de cartographier les interactions à longue distance dans les cellules rares change la donne."

Les chercheurs soulignent que la méthode ne concerne pas seulement la technologie mais aussi les connaissances biologiques qu'elle fournit. "Nous sommes maintenant en mesure de relier les points entre le risque génétique et les mécanismes de la maladie d'une manière qui n'était pas possible auparavant", a ajouté Waggoner.

Perspectives d'avenir

L'équipe prévoit d'étendre ses études à d'autres types de cellules immunitaires rares et d'étudier comment ces interactions changent au cours de la maladie. Ils espèrent également collaborer avec d'autres groupes de recherche pour appliquer la méthode à un large éventail de questions biologiques.

Cette étude marque une étape majeure dans le domaine de la génomique fonctionnelle. En permettant l'étude de cellules rares, elle nous rapproche de la compréhension de l'architecture génétique complexe des maladies humaines et, finalement, du développement de traitements plus précis et plus efficaces.

Cet article est basé sur un reportage de Medical Xpress. Lire l'article original.

Originally published on medicalxpress.com