L’argument industriel des SMR se heurte à un problème d’échelle
Les petits réacteurs modulaires sont depuis longtemps présentés comme le redémarrage pragmatique du nucléaire : des unités plus petites, une production en usine, moins de capital en risque et une moindre exposition aux retards et aux dépassements de coûts qui ont pénalisé les grands projets de réacteurs. Mais une nouvelle critique avance que la promesse centrale du secteur dépend d’une condition que l’industrie n’a toujours pas remplie : la convergence.
Selon le matériel source, le cas économique des SMR n’a jamais consisté simplement à rendre les réacteurs plus petits. Il s’agissait de fabriquer encore et encore les mêmes réacteurs, ou des réacteurs très proches, avec des outils stables, des fournisseurs stables, des régimes d’inspection stables, une formation stable et une demande soutenue. C’est cette logique industrielle qui a entraîné la baisse des coûts des panneaux solaires, des batteries et des éoliennes. La répétition, pas la rhétorique, crée les courbes d’apprentissage.
Le problème des SMR, c’est que le secteur reste encombré d’approches concurrentes. La source indique qu’une évaluation antérieure avait recensé 57 conceptions et idées de SMR réparties en 18 grands types. Depuis, le tableau de bord de l’Agence de l’énergie nucléaire de l’OCDE a suivi plus de 120 technologies SMR dans le monde, avec environ 70 à 80 apparaissant dans des éditions récentes après exclusion de certaines conceptions mises en pause, inactives, non financées ou non participantes. Au lieu de converger vers un petit nombre de plateformes dominantes, le paysage reste dispersé.
Pourquoi la fragmentation compte
Cette fragmentation compte parce que les projets nucléaires ne sont pas des produits de consommation interchangeables. Chaque conception s’accompagne de son propre dossier de sûreté, de son parcours de qualification du combustible, de son processus d’autorisation, de ses exigences de site, de ses dispositifs de sécurité, de ses besoins de formation des opérateurs, de sa planification des déchets et de sa structure de responsabilité à long terme. En d’autres termes, le coût de la variété est exceptionnellement élevé.
L’argument de la source est simple : la fabrication en usine ne crée pas de baisse de coûts simplement parce qu’elle est invoquée dans des présentations. C’est la standardisation qui permet à un modèle industriel de fonctionner. Sans cela, chaque famille de conception risque de devenir sa propre île industrielle, trop petite pour produire la répétition manufacturière nécessaire à la baisse des coûts.
Il s’agit d’une version plus tranchante d’une critique qui accompagne les SMR depuis des années. Les partisans ont justement identifié les principales faiblesses des grands chantiers nucléaires classiques. Les centrales de grande taille sont coûteuses à financer, prennent des années à être achevées et peuvent imposer des risques importants sur les bilans et sur le plan politique en cas d’échec. Les SMR promettent une manière de contourner ces contraintes. Mais si l’échange consiste en un secteur mondial divisé en dizaines de concepts distincts, les avantages espérés de la production modulaire risquent d’être dilués avant même de se concrétiser.





