Une décennie de mondialisation des startups est en train d’être inversée

Au cours de la fin des années 2010 et du début des années 2020, le capital-risque semblait élargir la carte du pouvoir technologique. Les investisseurs soutenaient des entreprises à Pékin, Bengaluru, Jakarta, São Paulo et dans d’autres marchés avec une confiance croissante, et le financement des startups hors des États-Unis a fortement augmenté. Rest of World rapporte que les entreprises hors des États-Unis ont levé un peu plus de 100 milliards de dollars en 2016 et plus de 300 milliards de dollars en 2021, une période qui ressemblait, brièvement, à une véritable diffusion des opportunités technologiques.

Ce tableau a changé brutalement. Selon le rapport, les États-Unis ont repris la première place du financement des startups en 2024, dépassant à eux seuls l’ensemble des autres pays, et l’écart s’est encore creusé en 2025. Le moteur de cette évolution est de plus en plus l’intelligence artificielle.

L’IA concentre le capital au lieu de le disperser

L’article soutient que l’IA, autrefois souvent décrite par ses dirigeants comme une force de démocratisation, concentre en réalité le pouvoir et la richesse entre les mains d’une poignée d’entreprises américaines. Il cite deux levées colossales comme symboles de ce changement : Anthropic levant 30 milliards de dollars pour une valorisation de 380 milliards de dollars à la mi-février, puis deux semaines plus tard OpenAI levant 110 milliards de dollars pour une valorisation de 840 milliards de dollars.

L’ampleur de ces tours compte, car il ne s’agit pas seulement de jalons pour des entreprises. Ils modifient l’environnement concurrentiel pour le reste du monde. Une analyse de l’OCDE citée dans le texte indique que les entreprises américaines de l’IA ont attiré 75 % de tous les investissements en IA l’an dernier, soit 194 milliards de dollars. Rest of World note que ce montant représentait près de la moitié de tout le financement mondial en capital-risque, tous secteurs confondus. Lorsqu’une seule vague technologique absorbe autant de capital, ses effets se répercutent bien au-delà de l’IA elle-même.

Pourquoi les startups mondiales pourraient avoir du mal à suivre

L’argent investi dans l’IA ne sert pas qu’à payer les salaires. Il soutient l’infrastructure physique et stratégique du secteur, notamment l’accès aux meilleurs talents et aux systèmes informatiques nécessaires pour concevoir et déployer des modèles avancés. Cela crée un avantage cumulatif pour les entreprises déjà les plus proches des marchés financiers et des écosystèmes les plus enclins à financer ces paris.

Le résultat est une nouvelle asymétrie. Lors de la précédente vague de mondialisation, les écosystèmes de startups hors de la Silicon Valley pouvaient raisonnablement soutenir que l’internet mobile et les plateformes logicielles abaissaient les barrières à l’entrée. Dans le cycle actuel de l’IA, la dynamique inverse pourrait s’imposer. Les entreprises qui attirent le plus d’argent peuvent l’utiliser pour creuser leur avance en recherche, infrastructure, distribution et recrutement, laissant moins de place aux concurrents d’autres marchés pour se développer dans des conditions comparables.

Un changement culturel dans le pouvoir technologique

Il s’agit aussi d’une histoire de récit. L’IA a souvent été présentée comme une technologie d’égalisation qui élargirait l’accès au savoir et à la productivité. Mais les tendances de financement décrites ici suggèrent un autre résultat au niveau de l’industrie : la concentration plutôt que la diffusion. Le rapport ne dit pas que l’innovation disparaît ailleurs. Il affirme que le centre de gravité financier se déplace de manière décisive vers un petit groupe d’entreprises américaines.

Ce basculement a des implications plus larges sur qui fixe l’agenda de l’IA, qui capte la valeur et quelles régions deviennent dépendantes de plateformes construites ailleurs. Pour les fondateurs et investisseurs hors des États-Unis, l’avertissement n’est pas simplement que l’IA est en vogue. C’est que le boom de l’IA pourrait réorganiser la technologie mondiale autour d’un ensemble de centres de pouvoir encore plus étroit que lors du dernier cycle des startups.

Pourquoi cette histoire compte

  • La mondialisation des startups s’était élargie avant que l’IA ne redirige les flux de financement vers les États-Unis.
  • Les plus grands tours américains dans l’IA sont suffisamment importants pour remodeler l’allocation du capital dans l’ensemble du marché technologique.
  • Cette tendance soulève des questions sur le point de savoir si l’IA démocratise les opportunités ou les concentre.

Les chiffres cités par Rest of World montrent un rééquilibrage significatif de l’économie mondiale de l’innovation. La question ouverte est de savoir à quel point ce rééquilibrage sera durable si l’IA reste la destination dominante du capital-risque.

Cet article s’appuie sur un reportage de Rest of World. Lire l’article original.

Originally published on restofworld.org