Washington a approuvé la fusion. D’autres régulateurs pourraient ne pas suivre.

Le ministère américain de la Justice a approuvé l’acquisition proposée par Paramount de Warner Bros. pour 110 milliards de dollars, levant ainsi un obstacle majeur à ce qui est déjà l’une des plus grandes opérations médiatiques de ces dernières années. Mais cette approbation ne met pas fin au combat. Selon le rapport fourni, les procureurs généraux de Californie et de New York envisagent une action antitrust, tandis que les régulateurs en Europe et au Royaume-Uni examinent encore certains aspects de la transaction.

Ce résultat divisé est la vraie histoire. Le feu vert fédéral offre à Paramount une victoire procédurale majeure et renforce son argument selon lequel la fusion est légale et favorable à la concurrence. Dans le même temps, la persistance de l’examen par les États et par l’étranger montre à quel point les grandes opérations de concentration dans les médias suscitent encore de méfiance, surtout lorsqu’elles remodèlent à grande échelle le contrôle des actifs cinéma, télévision et streaming.

Le point de vue du ministère de la Justice

La division antitrust du ministère de la Justice a estimé que l’opération ne risquait pas de nuire aux activités de télévision et de cinéma ni aux consommateurs américains. Paramount a répondu en qualifiant la transaction de proconcurrentielle et en soutenant qu’une société combinée serait mieux placée pour rivaliser avec les plateformes technologiques dominantes. Cette défense suit une logique bien connue du secteur : la consolidation n’est pas présentée comme une concentration pour elle-même, mais comme une stratégie de survie dans un paysage où les groupes de médias traditionnels font face à d’immenses rivaux numériques.

L’argument a une cohérence stratégique. Les entreprises traditionnelles du divertissement sont sous pression en raison de la distribution pilotée par la technologie, de l’éclatement des audiences et de l’économie du streaming. La taille peut les aider à amortir les coûts de contenu, à négocier plus efficacement et à défendre la valeur de leurs catalogues. Mais la taille peut aussi réduire le nombre de décideurs indépendants à Hollywood, donnant à un plus petit nombre d’entreprises davantage de levier sur ce qui est financé, distribué et promu.

Pourquoi les critiques restent inquiets

Le texte fourni reflète directement cette inquiétude. Des critiques du secteur ont soutenu que des fusions comme celle-ci ne restent presque jamais limitées aux seules promesses d’efficacité. Elles peuvent aussi concentrer le pouvoir sur les prix, l’emploi, les licences et l’éventail des paris créatifs qui atteignent le public. La critique de la sénatrice Elizabeth Warren, citée dans le matériel source, renvoie à une crainte plus large : que l’accord concentre encore davantage l’influence culturelle et économique entre moins de mains.

Ces objections devraient façonner la prochaine phase du bras de fer. Les procureurs généraux des États n’ont pas à partager le jugement du ministère de la Justice, et les régulateurs étrangers évaluent souvent les effets de marché selon un autre angle. La Commission européenne enquête sur l’opération, ainsi que sur 24 milliards de dollars de financement liés à des fonds souverains d’Arabie saoudite, du Qatar et d’Abou Dhabi. La Competition and Markets Authority britannique a également ouvert sa propre enquête.

C’est là que la politique des fusions et le droit des fusions commencent à diverger. Une entreprise peut obtenir une approbation fédérale tout en faisant face à une longue campagne ailleurs si suffisamment d’autorités estiment que les questions de concurrence ou de gouvernance méritent un examen plus approfondi. Dans les transactions transfrontalières, le temps devient lui-même une variable réglementaire. Les retards peuvent affecter le financement, les plans d’intégration et la confiance des investisseurs et des employés.

Ce qui attend Hollywood

Même à ce stade, la proposition Paramount-Warner dit quelque chose d’important sur le secteur du divertissement. Les médias pensent de plus en plus que survivre dans l’ère actuelle exige de la masse : plus de franchises, des catalogues plus vastes, un meilleur pouvoir de négociation et une position plus forte face aux plateformes qui redessinent les habitudes des spectateurs. Les régulateurs, eux, doivent décider si ces combinaisons renforcent la concurrence ou l’affaiblissent.

Le ministère de la Justice a rendu sa décision. Les autres non. La fusion se retrouve donc dans une zone intermédiaire politiquement et commercialement instable : suffisamment avancée pour paraître réelle, suffisamment contestée pour rester incertaine. Sa concrétisation finale dépendra peut-être moins de la décision fédérale actuelle que de la vigueur avec laquelle les autorités des États et de l’étranger testeront l’idée qu’une plus grande taille dans le divertissement signifie nécessairement un marché plus sain.

Pour le public, les créateurs et les travailleurs, c’est la question qui compte. L’affaire ne concerne plus seulement Paramount et Warner Bros. Elle porte sur la quantité de concentration que le paysage médiatique moderne peut absorber avant que les régulateurs ne jugent le coût trop élevé.

Cet article s’appuie sur le reportage de Gizmodo. Lire l’article original.

Originally published on gizmodo.com