Une startup de robotique voit une opportunité dans le nouveau durcissement américain

Ati Robotics, une startup qui assemble des robots en Inde et dit s’appuyer sur très peu de pièces chinoises, cherche à transformer un choc géopolitique en avantage commercial. Le discours de l’entreprise est devenu plus pertinent après que les régulateurs américains ont décidé de bloquer l’entrée aux États-Unis d’un large éventail de robots avancés fabriqués en Chine pour des raisons de sécurité nationale.

Selon le reportage de WIRED, la Federal Communications Commission a interdit la semaine dernière l’importation de nouveaux modèles de robots humanoïdes chinois et d’autres appareils avancés. Cette décision pourrait perturber un écosystème matériel dans lequel de nombreuses petites entreprises de robotique restent très dépendantes des fournisseurs chinois, même lorsque leur principal atout de propriété intellectuelle est logiciel.

Pour Ati, ce changement de politique ressemble moins à un virage soudain qu’à la validation d’une voie plus difficile choisie des années plus tôt. Le fondateur Saurabh Chandra a déclaré à WIRED que des conseillers avaient mis en garde contre le coût et la complexité d’une production matérielle interne. Mais cette décision, a-t-il soutenu, a naturellement limité la dépendance de l’entreprise à la Chine et lui a donné un contrôle plus étroit sur le prix, les performances et les fonctionnalités.

Pourquoi la stratégie matérielle compte soudain davantage

Les investissements dans la robotique sont en plein essor. WIRED a rapporté que les financements de startups du secteur ont atteint cette année des sommets historiques, tant en nombre d’opérations qu’en montant total, en citant des données PitchBook. Mais l’argent qui afflue vers la robotique ne produit pas automatiquement une indépendance manufacturière. De nombreuses startups sont surtout fortes dans les logiciels, les commandes ou les couches d’IA, tout en continuant à s’approvisionner en matériel clé auprès de fournisseurs chinois, car ceux-ci offrent l’échelle, des avantages de coût et des réseaux de fabrication matures.

Ce modèle paraît désormais plus risqué. Si les restrictions américaines sur les robots avancés fabriqués en Chine s’étendent ou demeurent en place, les entreprises qui dépendent de matériel d’origine chinoise pourraient faire face à des retards, à des refontes ou à des coûts plus élevés en cherchant des alternatives. C’est particulièrement difficile pour les jeunes entreprises, qui manquent souvent du capital nécessaire pour reconstruire rapidement des chaînes d’approvisionnement.

Ati se présente comme la preuve qu’une autre voie est possible, même si elle n’est pas simple. En développant davantage son propre matériel et en s’appuyant sur la capacité industrielle et logistique de l’Inde, l’entreprise affirme s’être protégée de la vulnérabilité à laquelle font face certains rivaux.

Des moteurs pour voitures autonomes aux robots d’entrepôt

Ati a été fondée en 2017 pour développer des moteurs destinés aux voitures autonomes. Avec le temps, l’entreprise a changé de cap et s’est mise à construire ses propres systèmes robotiques. Sa gamme comprend désormais des remorqueurs et des transpalettes conçus pour déplacer des matériaux lourds dans les entrepôts et les usines. Chandra a indiqué que l’entreprise compte actuellement plusieurs centaines de robots en fonctionnement et plus de 50 clients.

Cette base installée est importante, car elle montre qu’Ati ne se limite plus à un argument stratégique sur le papier. L’entreprise est allée assez loin dans la commercialisation pour tester si une architecture matérielle moins dépendante de la Chine peut fonctionner dans des environnements industriels réels et convaincre des clients.

L’entreprise prévoit aussi de mettre en service son premier robot humanoïde plus tard cette année. Chandra a décrit cette machine comme un système destiné à déplacer des bacs lourds. Autrement dit, l’humanoïde n’est pas présenté comme un spectacle pour le grand public ou un robot domestique généraliste, mais comme un travailleur industriel destiné à une tâche logistique précise.

L’Inde comme levier industriel

Chandra a indiqué à WIRED que la base de recherche et développement d’Ati à Bangalore a aidé à maintenir des coûts de main-d’œuvre raisonnables. Il a aussi évoqué un chevauchement important entre la robotique et la chaîne d’approvisionnement des véhicules électriques en Inde, en particulier dans les deux-roues et trois-roues électriques. Les composants et les réseaux de fabrication développés pour ces véhicules, a-t-il dit, se sont révélés utiles à la robotique en raison de caractéristiques de puissance similaires.

Cela souligne une leçon industrielle plus large. Les chaînes d’approvisionnement sont rarement reconstruites à partir de zéro. Elles sont généralement assemblées en empruntant capacités, expertise et composants à des industries voisines. Dans le cas d’Ati, la montée en puissance de la fabrication de véhicules électriques en Inde semble avoir créé une base pratique pour les moteurs, les systèmes d’alimentation et d’autres pièces pertinentes pour les robots industriels.

Chandra a également mis en avant les bénéfices de fiabilité liés à l’utilisation de pièces de type automobile. Cela compte dans les entrepôts et les usines, où les temps d’arrêt peuvent annuler toute économie théorique réalisée grâce à des composants moins chers. Un robot conçu pour un travail industriel répétitif doit survivre à de longs cycles d’exploitation, à des conditions variables et à des calendriers de maintenance exigeants.

Si Ati parvient à égaler les concurrents établis en prix et en performances tout en réduisant l’exposition géopolitique, elle donnera aux clients une raison de regarder au-delà de la chaîne d’approvisionnement par défaut actuelle. C’est une affirmation difficile à prouver à grande échelle, mais l’élan récent de la startup suggère que le marché est au moins prêt à la tester.

La question plus large pour la robotique

L’histoire d’Ati illustre un changement plus large à l’œuvre dans la robotique : l’origine du matériel devient un enjeu stratégique, et non plus un simple détail d’achat. Pendant des années, de nombreuses entreprises ont pu optimiser principalement la vitesse, le coût et l’accès aux composants. Désormais, elles doivent aussi prendre en compte les contrôles à l’exportation, le contrôle de sécurité nationale et l’acceptabilité politique du lieu de fabrication des systèmes critiques.

Cela ne signifie pas que la fabrication chinoise va soudain disparaître de la robotique. La Chine reste profondément intégrée aux chaînes d’approvisionnement industrielles mondiales, et remplacer cette capacité coûte cher. Mais la mesure américaine décrite par WIRED accroît la pression sur les startups pour démontrer qu’elles disposent d’alternatives, surtout si elles veulent servir des clients de secteurs sensibles ou opérer sous un examen réglementaire plus strict.

Ati tente de défendre cette approche depuis une position inhabituelle : non pas comme un fabricant américain rapatriant sa production, mais comme un assembleur basé en Inde utilisant une stratégie matérielle non chinoise pour vendre sur un marché de plus en plus sélectif quant à l’origine des technologies.

L’approche pourrait porter ses fruits si les régulateurs continuent de durcir les règles et si les clients commencent à considérer la géographie de la chaîne d’approvisionnement comme une composante de la qualité produit. Elle comporte aussi des risques. Fabriquer du matériel est intensif en capital, monter en échelle est difficile, et remplacer les fournisseurs chinois peut augmenter les coûts ou réduire la flexibilité. Mais ces compromis peuvent paraître plus acceptables dans un monde où l’accès lui-même est devenu incertain.

Un indice de la direction que prend la concurrence en robotique

L’importance immédiate d’Ati Robotics n’est pas qu’une startup ait résolu l’autonomie industrielle. C’est que le cadre concurrentiel de la robotique est en train de changer. Les capacités logicielles restent essentielles, tout comme l’économie du travail et la fiabilité dans le monde réel. Mais ces facteurs sont désormais rejoints par un quatrième : la résilience géopolitique.

Les startups capables de montrer une indépendance crédible de leur chaîne d’approvisionnement pourraient bénéficier d’une ouverture qui n’existait pas lorsque l’approvisionnement matériel était surtout traité comme une décision administrative. L’action de la FCC contre les robots avancés chinois a rendu le sujet plus visible, et Ati est l’une des premières entreprises à essayer de transformer ce moment en position de marché.

La réussite dépendra de l’exécution, des performances du produit et de la durabilité du changement réglementaire. Mais le pari de l’entreprise est clair : dans la prochaine phase de la robotique, l’endroit où une machine est fabriquée et l’écosystème industriel qui la soutient pourraient compter presque autant que ce que la machine peut faire.

Cet article est basé sur un reportage de Wired. Lire l’article original.

Originally published on wired.com